Le baron Thiébault, infiniment désolé, n'eut même pas la force de lui répondre. Amyle, au milieu de la stupeur générale, fendit la foule et disparut pour aller quérir son bâton. Dans un mortel silence on attendit.
Enfin la porte s'ouvrit et Amyle parut portant le bâton piqué dans le vase plein de terre. Mais combien changé, ce bâton! Des feuilles vert tendre avaient poussé, des rameaux s'étaient développés et, tout en haut, tremblait une large rose blanche.
Ydoine s'était dressée et, fixant la fleur, devint d'abord tout pâle; puis vivement, amoureusement, elle se pencha attirée par le frais parfum; chacun des pétales exhalait un épithalame de grisantes odeurs, et Ydoine savourait cette chose si douce, si suave, si belle, qui, jusqu'alors, lui avait été inconnue. Elle se pencha davantage et ses lèvres se détendirent.
--Que c'est joli! murmura-t-elle d'une voix tremblante d'émotion.
Elle se pencha, plus près encore, posa sa bouche sur la fleur, et ses lèvres enfin sourirent dans un baiser.
--Que le ciel soit béni! cria le baron transporté d'allégresse.
Ydoine releva la tête pour sourire à tous et à toutes, puis, délicatement, elle cueillit la rose, et la piqua dans ses cheveux. Alors, elle s'avança vers Amyle, lui prit la main, et dit:
--Venez donc, mon fiancé, et regardez-moi en ce moment que je suis tout à fait belle!
Telle est l'histoire d'Ydoine qui, dédaignant les diamants et les pierreries, les étoffes somptueuses et les bijoux précieux, se donna pour une rose blanche...
Le fait peut paraître invraisemblable--mais il s'est passé au temps où la reine Berthe filait.