Il avait écrit rapidement, sans hésiter; sa lettre achevée il la relut, et alors il eut une minute d'anéantissement: comme il l'aimait! et cependant, par sa faute, stupidement, follement, il la jetait dans le désespoir quand il n'avait qu'à laisser aller leur vie pour la rendre heureuse. Le misérable, l'insensé qu'il avait été!

L'indignation le tira de sa faiblesse; abaissant ses deux mains dans lesquelles il avait enfoncé sa tête, il reprit sa lettre, la mit dans une enveloppe sur laquelle il écrivit le nom d'Anie, et la plaça sous la première feuille de son buvard.

Il n'avait pas encore fini: doucement, avec mille précautions, il ouvrit un tiroir de son bureau fermé à clé, et, fouillant dedans sans froisser les papiers qui s'y trouvaient, il en tira le testament de Gaston de Saint-Christeau; puis, l'allumant à la bougie, il le déposa dans la cheminée où il brûla avec une grande flamme qui éclaira tout son cabinet, du plancher au plafond.

Cette fois tout ce qu'il avait combiné était accompli; maintenant il pouvait rejoindre sa femme: quatre heures allaient sonner, il lui restait trois heures à vivre pour elle.

Quand il entra dans la chambre, elle leva la tête.

--Te voilà? dit-elle.

Il vint au lit, et, se penchant sur elle, il l'embrassa longuement.

--Il ne faut pas m'en vouloir, j'ai été retenu, je t'expliquerai.

--Mais je ne t'en veux pas.

Moins troublé il eut remarqué que, pour une femme qui s'éveille, la voix d'Anie était étrangement tremblante; mais, tout à son émotion, il ne fît pas cette observation.