--Mais comprends donc que nous paierons: tu dois, nous devons; cette fortune est la tienne, non la nôtre; et fût-elle à nous qu'il en serait exactement de même. Tu dis que tu as réfléchi! Mais non, tu n'as pas réfléchi; sous un coup de désespoir tu as perdu la tête. Est-ce que nous pouvons avoir rien de plus précieux que ta vie? Imagines-tu donc que si tu mourrais je ne mourrais pas avec toi, ô mon bien-aimé?
Tout en parlant avec une véhémence désordonnée, elle le pressait dans ses bras, ne s'interrompant que pour l'embrasser passionnément.
--Tu dis que tu m'aimes, reprit-elle; mais est-ce m'aimer que vouloir m'abandonner? Est-ce que tout n'est pas préférable à la séparation, la ruine, la misère! Qu'importe la misère! Est-ce que je ne la connais pas? Que serait ce repos dont tu parles? Tu ne veux pas que je sois amoindrie par la faute de mon mari coupable. En quoi serais-je amoindrie quand nous aurons payé ce que tu as perdu?
Cet élan le bouleversait, l'ébranlait.
--Je ne peux rien demander à ton père, dit-il.
--Toi non, mais moi. Je pars pour Ourteau. Dans cinq heures je suis de retour avec mon père. Ce soir tu paies.
--Où veux-tu que ton père trouve cette somme?
--Je n'en sais rien, il la trouvera; il empruntera; il vendra.
--Sa terre qu'il aime tant!
--Sa terre n'a jamais été à lui; elle est à toi.