--Lequel te plaît-il mieux, Ydoine, parmi ces jeunes hommes qui s'empressent autour de toi? s'informa le baron.
--Aucun.
--Ton cœur n'éprouve point de penchant et n'a pas de préférence?
--Non; ils m'ennuient tous également.
Le baron tristement congédia les jeunes hommes, puis il demeura sept jours en méditation. Le huitième jour, au matin, il requit ses hérauts de monter sur les tours et d'y sonner à pleins poumons du cor et des trompes, afin d'ameuter les gens du pays ainsi que ceux des châteaux environnants; ce qu'ils exécutèrent avec succès. Alors, devant le peuple rassemblé, en présence des jeunes seigneurs dont Ydoine avait refusé la main, le baron parla en ces termes:
--Nobles et vilains, voici que ma fille Ydoine est en âge d'être fiancée, mais ses lèvres ne s'ouvrent que pour soupirer et jamais pour sourire. Écoutez donc mes volontés. Je prends devant tous, au nom du seul Dieu qui me voit et me juge, l'engagement de donner ma fille et la moitié de mes biens à celui d'entre les jeunes hommes qui déposera dans la corbeille nuptiale le bijou, la parure, le talisman, capable de mettre ma fille en joie et de la faire sourire... Donc, vous qui prétendez à sa possession, partez, sellez vos palefrois et vos hippogriffes, parcourez le monde, rapportez des merveilles... Je vous donne rendez-vous ici au printemps de l'année prochaine, et mon Ydoine sera, je l'ai juré, à celui qui fera éclore le sourire sur ses lèvres!...
II
Or, dans un village qui rampait humblement au fond de la vallée, il y avait un jeune homme de vingt ans nommé Amyle qui, de son métier, était dénicheur d'aiglons et d'orfraies.
Un soir, au coucher du soleil, comme il chassait sur le rocher, fouillant les anfractuosités, à la recherche des nids, il s'approcha du château, et, soudain, il s'arrêta, ébloui, ravi en extase. Il venait d'apercevoir Ydoine qui se promenait, tout de blanc vêtue, le long des murailles vertes. Jamais encore le garçon n'avait contemplé une aussi suave créature, et il se frotta les yeux, croyant à quelque surnaturelle apparition. Mais un éternuement retentissant dirigea son attention vers la vieille dame respectable qui avait accoutumé de suivre la fille du seigneur, et la vue de cette personnalité plantureuse qui se dandinait lourdement à la manière des canards, de ce nez rubicond que l'abus du tabac à priser faisait ressembler à celui du notaire du village et de cette bouche hargneuse, telle celle du maître d'école admonestant les petits, ramena Amyle à des conceptions plus terrestres.
Il se dissimula, se coula sur le granit comme il savait si adroitement faire pour surprendre les aiglons, et ainsi, il suivit à son tour Ydoine qui marchait, nonchalante, perdue en ses rêveries. Anxieux, haletant, il observait ses maintiens, ses poses, et il lui semblait que son cœur le brûlât lorsque, par un hasard heureux ou grâce à une habile tactique, il pouvait apercevoir le fin profil de l'enfant.