G. M.
LE «RÊVE»
Il semble, depuis quelque temps, qu'un renouveau s'étend, au théâtre, sur les œuvres qui touchent à la religion. Sans parler de Jeanne d'Arc, nous avons eu cette année le Noël, de Maurice Bouchor, et la Grisélidis, de MM. Armand Silvestre et Morand. Voici que le Rêve, à l'Opéra-Comique, nous emmène encore dans le pays du mysticisme et de l'extase. Sommes-nous plus pieux? ou bien devons-nous cette renaissance des sentiments chastes et chrétiens aux excès même du naturalisme? Il est curieux, en tout cas, de voir que le chef de cette dernière école, M. Zola, devra l'un de ses meilleurs succès au théâtre, à l'œuvre que MM. Gallot, pour les vers, et Bruneau, pour la musique, ont écrite d'après son plus pur roman.
On connaît le sujet du Rêve. Angélique, dans la demeure qu'elle habite avec ses parents, Hubert et Hubertine, près de la vieille cathédrale, se perd dans des songes infinis et délicieux: elle croit entendre les voix des saintes. Elle rêve aussi d'épouser un prince Charmant. Le prince, serait-ce Félicien qui, par amour pour elle, et pour se rapprocher d'elle, s'est donné comme peintre verrier, tandis qu'il est le fils de l'évêque Jean de Hautecœur?... L'évêque, qui eut cet enfant avant d'entrer dans les ordres, le destine au sacerdoce. Il s'oppose au mariage. Angélique en est désolée, au point qu'elle en va mourir. Félicien fait une dernière tentative auprès de son père, et l'adjure de sauver Angélique. L'évêque vient donner l'extrême-onction à la mourante... Il invoque Dieu, en ajoutant sa devise: «Si Dieu veut, je veux». Un miracle se produit. Angélique se ranime. L'évêque, convaincu par Dieu, la conduit à l'église et la marie à Félicien. Le rêve d'Angélique est accompli. Mais les saintes la rappellent auprès d'elle, et elle expire, heureuse, entre les bras de son époux.
La gravure que nous publions reproduit la scène même du miracle. En regard de notre gravure, nous donnons une des plus jolies pages de la partition, grâce à l'amabilité des éditeurs, MM. Choudens et Cie.
Ad. Ad.
LA MACHINE VOLANTE DE M. ADER
Personne n'a rien vu, personne ne sait rien; mais l'Illustration a des amis partout. L'un d'eux se trouvait à la chasse aux environs de Paris lorsqu'à travers la feuillée il aperçut une chose de forme étrange ayant l'aspect d'un énorme oiseau de couleur bleuâtre. Impossible d'approcher, une clôture le séparait du parc particulier enclavé dans la forêt ou se trouvait, la machine en question. Ce ne pouvait être qu'une machine à voler assurément. Notre ami est quelque peu dessinateur et ingénieur, il nous communiqué le croquis qu'il n'a pu faire qu'à distance, mais qui est aussi exact que possible. Informations prises, il paraît que l'inventeur est M. Ader, l'ingénieur électricien bien connu par ses nombreux appareils téléphoniques, et que la machine a volé réellement pendant quelques centaines de mètres, s'élevant à 15 ou 20 mètres de haut et se dirigeant dans l'espace. Nous ne reprendrons pas la liste des tentatives faites dans cet ordre d'idées; plusieurs livres ont été publiés là-dessus et notamment ceux de notre ami Gaston Tissandier sont trop répandus pour qu'il soit nécessaire d'insister.
La machine que nous voyons se compose de deux grandes ailes articulées, de 15 mètres d'envergure environ, et d'une hélice s'appuyant sur l'extrémité d'une sorte de cône formant le corps de l'oiseau et renfermant le mécanisme et le voyageur. Le tout serait, en étoile de soie recouvrant une carcasse légère en osier ou aluminium.
Le nom de l'inventeur de cet oiseau volant serait une garantie en faveur de la réussite possible. Qu'on nous permette cependant quelque doute. La machine, nous assure-t-on, a parcouru une certaine distance: 100, 200, mettons 400 mètres. Mais est-elle capable de continuer ainsi pendant, plusieurs heures sans avoir recours à une installation fixe pour changer ou rechanger le moteur qui la fait manœuvrer? Car tout est là: quel est le moteur? L'inventeur, électricien émérite, qui a étudié cette science nouvelle à fond, a dû s'adresser à son élément favori: l'électricité.