Je n'ai rien dit (laissons là les mondanités pour les immondanités), je n'ai rien dit des jeunes meurtriers qui ont stupéfié l'attention publique et qu'on a jugés la semaine passée. Peut-être est-il bien tard pour parler d'eux, et puis on en a fort parlé. Journaux graves, journaux parisiens, tous se sont posé une question assez inquiétante:
--Pourquoi le crime se fait-il si précoce?
Le fait est qu'on devient assassin, dans le monde où l'on tue, avant l'âge requis pour être bachelier, dans le monde où l'on étudie.
S'ils ne vont pas à la butte, comme ils disent, les meurtriers de la vieille femme (aller à la butte c'est monter sur l'échafaud), si on leur épargne le couperet, c'est qu'ils sont trop jeunes. Mineurs devant le bourreau. L'assassinat n'émancipe pas.
Autrement, ils auraient dix fois mérité la mort, et je ne crois pas que la société ait vu souvent apparaître d'aussi jolis monstres. Complets, ces petits messieurs. Rosa-Josépha, au physique, n'est rien comparée à ces déformations morales. Ma parole, on serait tenté de se rallier à la doctrine doucement féroce du docteur Lombroso.
M. Lombroso est un médecin italien, un anthropologiste, qui propose de supprimer le crime en supprimant préalablement le meurtrier. Tel être arrive au monde en y apportant les signes et les stigmates du crime. Qu'on le tue.
--Avant qu'il soit devenu criminel?
--Oui. Au moins on lui évitera toute mauvaise action.
Ce paradoxe terrible devient, quand on considère des misérables pareils à ceux qui ont travaillé à Courbevoie, une vérité pratique et qu'on pourrait croire utile.
En fait de travailleurs, qui ne travaillent pas, j'aime encore mieux ceux dont nous parlait si joliment l'autre jour M. Paulian, les mendiants, à propos desquels notre confrère Yvan de Wœstine nous conte une bien jolie anecdote qu'il tenait de Villemessant.