--... éternels!

J'avais le dernier mot! Mais je n'étais pas à la leçon; il faisait trop beau dehors! Mon oncle n'y était pas, lui non plus, parce qu'il faisait trop chaud--chacun comprend l'atmosphère à sa façon. Sur son front la sueur perlait; il respirait difficilement, poussait des soupirs à faire envoler le bonnet de Marie et, par instants, oubliait sa tête au point de la laisser tomber lourdement sur son rabat. Évidemment il luttait contre le désir de faire une douce méridienne. Il se secoua:

--Comment l'Enfer est-il désigné dans les Saintes Écritures?

Cet effort l'épuisa; il posa sa tête dans sa main et s'accouda. Je répondis en embrouillant tout:

--L'Enfer est appelé le puits ardent de la colère du grand lac et la fournaise de l'abîme de l'étang de Dieu.

Le coude de mon oncle glissa; l'abbé faillit donner du coude sur la table. Il se leva, très digne, et, dissimulant un bâillement significatif:

--Tu ne sais pas, petite, dit-il d'un ton d'affectueux reproche. Je vais te laisser seule pour que tu étudie ta leçon... travaille.

Sur ce, il sortit, fut dans la pièce voisine dont il entrebâilla la porte. J'entendis qu'il roulait un fauteuil. Puis, le silence. Pas longtemps. Bientôt le bruit de sa respiration vint jusqu'à moi, s'accentuant par degré. Un premier ronflement très court, timide; un second, encore un peu hésitant; un troisième plus franc... l'abbé ronflait dans la sérénité de l'homme juste qu'il était. Tout doucement, je me levai pour m'assurer de ce sommeil. L'abbé était abîmé, accablé, dans son fauteuil de reps grenat, les bras ballants, la tête oscillant, ayant comme pivot son menton appuyé sur son rabat. Jacob devait dormir aussi profondément lorsqu'il rêva de l'Échelle! Je gagnai la fenêtre et, profitant d'un ronflement plus sonore, je l'ouvris. Oh! la bonne bouffée d'air tiède chargée de parfums! Immédiatement, je me dis:

--Si je sautais par la fenêtre!

Je résistai un instant à la tentation. Mais voilà que j'aperçois tout à coup, là-bas, dans le verger, sur la terrasse, près du vieux mur à demi écroulé, voilà que j'aperçois de ravissants rubis qui se balançaient dans les feuillages. Ah! ce cerisier constellé de fruits savoureux!