--Est-ce un duel qui se prépare? demanda en riant miss Robinson, ne sachant pas combien elle approchait de la vérité.
--En effet, mademoiselle, répondit Georges Bertrand, un duel à coups de verres de champagne. D'Ancel prétend qu'il a la tête plus solide que moi; les paris sont ouverts!
A partir de ce moment, on eût dit que le champagne produisait à l'avance son effet sur le jeune officier; sa gaieté un peu fébrile finit par gagner tout le monde, à l'exception de Marthe qui trouvait que le ton de la conversation était un peu trop monté.
Après le déjeuner, qui fut prolongé le plus possible, il y eut une détente. Les Américaines, infatigables, proposèrent des jeux, mais, décidément, il faisait trop chaud. On resta à l'ombre des grands arbres, causant à bâtons rompus, en attendant l'heure du retour. Quelques jeunes jeunes filles, parmi elles Edmée, s'éparpillèrent à la recherche de fleurs et de fougères. Robert, pris de remords, ne quittait pas sa fiancée, causait avec elle doucement, affectueusement, et la pauvre Marthe un instant crut qu'il lui revenait, qu'il avait été ébloui, mais que l'éblouissement était passé. Subitement, elle le vit tressaillir.
--Qu'y a-t-il?
--Votre sœur est-elle au milieu de ces jeunes filles là-bas? Vos yeux voient mieux que les miens.
--Non, certes, elle n'y est pas.
--Et Bertrand a disparu, lui aussi. J'aurais dû m'en douter.
--Pourquoi? que s'est-il passé?
--Marthe, c'est moi qui suis en faute. Je vous avais présenté Bertrand, je ne pouvais pas faire autrement, c'est un camarade, il s'est attaché à moi dans son désœuvrement de Trouville. J'aurais dû vous prévenir, cependant; c'est un garçon violent, peu scrupuleux, ce n'est pas du tout le mari qu'il faut à votre sœur.