En présence de ces événements le général Servières, chef du 19e corps, ordonna au capitaine Quoniam commandant les zouaves d'Adjeroud de déplacer son camp et de prendre position à l'entrée de Port-Say, pour protéger la petite colonie.

Port-Say est situé, en effet, à 1.200 mètres environ de la casbah de Saïdia, d'où l'on aperçoit les petites maisons blanches et les tuiles rouges de la ville naissante.

Fondée, il y a cinq ans, par M. Louis Say, lieutenant de vaisseau de réserve, à l'extrémité orientale de la plaine des Oulad-Mansours et de la plage du Kiss; située à l'embouchure d'un oued, route naturelle en Algérie qui, par le cirque d'Adjeroud, la met en communication avec la plaine des Triffas et la grande plaine des Angads où se trouvent Marnia et Oudjda, la nouvelle ville est le débouché de tous les produits agricoles de la région.

L'énergie de M. Louis Say et l'activité intelligente de ses collaborateurs, dont l'un des principaux est M. Bourmancé, facilitent aux négociants les transactions commerciales.

Un port est en construction et un abri temporaire permet à de petits bateaux plats, en usage aussi à Tanger et appelés «gondoles», les embarquements d'orge, de bestiaux, ou les débarquements de matériaux et d'approvisionnements, destinés au camp des zouaves et au bordj des spahis.

Le pacha El Hadj Allai lui même a souvent recours aux marins bocoyas de M. Say. Récemment les Bocoyas, des Riffains établis à Port-Say, opérèrent le débarquement de plusieurs milliers de quintaux d'orge achetés en Algérie pour ravitailler la casbah et les silos de la plaine des Oulad-Mansours, dévastés par la guerre actuelle.

Non seulement les Marocains viennent à Port-Say pour échanger leurs produits, mais encore, lorsqu'ils sont malades, ils y trouvent les soins et les remèdes nécessaires. Il existe même à Port-Say une école où les petits Marocains apprennent le français.

Enfin, à l'entrée de la grande avenue, dite de Marnia, s'élève une construction élégante de style barbaresque: c'est le «Colonial Club» où chaque soir, après le dur labeur de la journée, M. Say se réunit avec ses collaborateurs.

Tout cela est bien de la vraie «pénétration pacifique» et l'on voit que nos colons algériens, comme nos diplomates, ne restent pas inactifs dans l'accomplissement de la mission dévolue à la France.

A. Gautheron