Par contre, les détenus ne produisent guère que 20 millions de francs, soit le neuvième de la dépense dont ils sont l'occasion.
M. Garofalo, en présence de ces chiffres, pense qu'il y aurait profit à chercher un moyen d'utiliser l'activité mentale des criminels, en les plaçant dans des milieux capables de modifier heureusement cette activité et non, comme on le fait toujours, dans des prisons ou des bagnes, où on les condamne à perpétuité à conserver leur mentalité de criminels.
Comment se propage l'anémie des mineurs.
On se rappelle que lors du percement du Saint-Gothard les mineurs eurent fort à souffrir d'une maladie qui a conservé le nom d'«anémie des mineurs». Cette anémie était due à la présence d'un parasite, d'un petit ver qui, vivant en troupes nombreuses dans l'intestin, déterminait rapidement un état d'anémie très prononcé et très persistant. On reconnut bientôt que ce parasite se propageait par l'eau de boisson et, pour éviter qu'il se répandit davantage, on veilla à ce que l'eau potable ne pût être contaminée par les déjections des malades. Le mal perdit de son intensité, mais il n'a pas disparu: les sujets atteints le promenèrent à droite et à gauche; ils l'introduisirent dans beaucoup de mines en particulier, où la malpropreté facilita la contagion, et l'on a signalé la présence de l'anémie des mineurs ou ankylostomiase--le parasite porto le nom d'ankylostome duodénal--dans quelques mines anglaises, ces temps derniers. L'ankylostomiase existe aussi dans toute la région du sud des Etats-Unis: elle y est très répandue et c'est à elle qu'on attribue l'apathie et la paresse d'une partie importante de la population blanche de la région du delta du Mississipi. Une découverte intéressante vient d'être faite au sujet de cette anémie. C'est qu'elle ne se propage pas seulement par l'eau de boisson; il ne suffit pas d'être assuré de la pureté de celle-ci pour éviter le mal. Celui-ci peut se prendre par la peau. Vivant dans le sol et dans l'eau, il peut s'introduire sous la peau si celle-ci présente une petite écorchure. Il y a quelques années déjà, un helminthologiste bien connu, M. Looss, avait émis l'opinion que ce mode d'infection devait exister; mais le public médical se montra hostile à cette vue. Tout récemment, un autre investigateur, M. P. Schaudinn, du Comité sanitaire allemand, a repris l'idée de Looss et l'a soumise à l'épreuve, arrivant à ce résultat qu'en effet l'ankylostomiase peut parfaitement se propager par la peau. Des ankylostomes vivants, en contact avec une écorchure, y pénètrent et gagnent l'intestin où ils s'installent. M. Schaudinn confirme, en même temps, les vues d'un médecin anglais, M. Bentley, qui, il y a peu de temps, déclarait que la démangeaison des pieds souvent observée chez les coolies, qui, en Assam, travaillent pieds nus dans les plantations de thé, doit être due aux larves d'ankylostomes qui s'introduisent dans les tissus. Ces coolies sont fort malpropres: il n'y a pas de cabinets d'aisances, et, dès lors, les sujets sains, marchant sur le sol et s'y écorchant le pied, ont celui-ci sans cesse en contact avec des ankylostomes évacués par les malades. La contagion est très facile. Et les conclusions de ceci est qu'il faut, pour éviter l'ankylostomiase là où il y a des sujets malades, surveiller sa peau aussi bien que sa bouche et éviter tout contact externe avec l'eau et le sol, du moment où l'on a une écorchure, si légère soit-elle.
Mouvement littéraire.
Les Charmes, par M. Catulle Mondes (Fasquelle, 3 fr. 50).--Chansons des enfants du peuple, par Xavier Privas (Rueff, 3 fr. 50).--
Poésies de France et de Bourbon, par Maurice Olivaint (Lemerre, 3 fr. 50).--Contes anciens, par Charles Callet (Lemerre, 3 fr. 50).
Les Charmes.
Langueurs, mélancolies, rêves d'avenir, retours sur le passé, sollicitudes,-tout ce qui remplit une âme aimante déborde dans les vers de Mme Mendès. C'est tout elle-même, c'est tout le trésor fort riche de ses sentiments qu'elle a répandu en ces poésies à la fois émues et subtiles. J'ai le culte des classiques; peut être parfois Mme Mendès affecte-t-elle de les dédaigner, de s'éloigner de leur claire et ferme simplicité. Mais comment ne lui pardonnerait-on pas de ne point partager nos principes littéraires? Elle nous séduit par sa musique singulière, par les notes fines qu'elle trouve pour exprimer tout ce qu'elle ressent, tous ses songes intérieurs. Pas de banalité, pas de lieux communs; avec des tours et des expressions bien à elle, elle dévoile son âme exquise. La plupart des poètes se ressemblent: ils nous chantent la chanson commune, la petite déclamation ordinaire sur l'amour. Ici, c'est un air nouveau que nous entendons; c'est tout un pays merveilleux et intime qui se découvre. Pluie en avril me semble une des plus ravissantes pièces des Charmes: