D'échapper aux regards que la jeunesse attire.
Et ce geste éperdu qui te vêt de splendeur,
Comme une fleur d'amour éclose du martyre,
Aux hommes éblouis révèle la Pudeur.
M. Olivaint appartient au Parnasse par le souci de la rime sonore, de la perfection du vers, mais la plupart du temps s'en sépare, par ce qu'il met de sa personnalité, de ses visions particulières, de ses intimités familiales dans ses Poèmes de France et de Bourbon. Ce n'est pas un impassible. Leconte de Lisle lui même, infidèle à ses principes, ne se montre-t-il pas constamment avec ses désirs et ses passions dans sa vaste poésie?
Contes anciens.
Ecrit en prose,--en une prose harmonieuse et fastueuse,--le livre de M. Callet ne se peut ranger ni dans la critique, ni dans le roman, ni dans la nouvelle. C'est avant tout une oeuvre d'art pur et de poésie. Député à l'Assemblée de 1871, orateur, écrivain, d'une plume habile et sûre d'elle-même, le père de M. Callet a dirigé son fils vers les lettres, mais sans l'amener à sa forme classique. Sans doute, il n'y a dans Contes anciens aucune tournure pénible, aucune difficile inversion, aucune obscurité, mais partout une magnificence qui n'exclut pas toutefois la précision et la préciosité du mot, et qui n'est pas là non plus pour cacher l'absence de l'idée. M. Callet est somptueux, mais cherche avec autant de soin les pensées neuves que les nouvelles couleurs. Je ne sais quoi de désillusionné, un pessimisme parfois un peu amer donne une saveur âcre aux Contes anciens. Rien ne relève la poésie comme le désenchantement. Qui est content de tout et qui rit toujours ne sera jamais un poète.
Je recommande tout particulièrement, dans les Contes anciens, la Bourse d'or. Avant de donner sa fille à Bomuald, un riche marchand de Hambourg exige que son futur gendre fasse, à travers les peuples, un voyage d'une année et, pour ce, lui remet une bourse d'or. Plus expérimenté, ne fera-t-il pas un meilleur mari? Le pèlerinage accompli et les hommes mieux observés, le jeune homme revient, dépouillé de sa naïve insouciance et de son généreux optimisme; il est grave et triste: «Que ne m'avez-vous accordé cette main, dit-il à son père, quand ma vingtième année vous implorait! Mon coeur était jeune, il s'ouvrait à la vie; les soirs les plus sombres me semblaient des aurores; mon âme était fleurie d'illusions. Vous avez fait tomber les fleurs en m'envoyant par le monde! J'ai étudié les hommes, j'ai vu de près leurs agitations stériles et mauvaises, je n'aime rien de ce qu'ils aiment.»--Dans le conte des Cheveux blancs, superbe, violent, abondent les peintures comme celle-ci: «L'empire gémissait sous la domination d'une reine, la terrible Léto. Grande, hautaine, mystérieuse, déjà vieillissante, elle écrasait le monde de son despotisme, broyait toute pensée, toute joie. Malheur à ceux qu'elle voyait passer amoureux des fleurs du chemin, des brises errantes, des sourires posés sur les lèvres des jeunes filles!... Sa volonté dominait tout; ministres, émissaires, soldats rampaient devant la traîne de son vêtement constellé de topazes...» Qui ne sent dans ces lignes, dans les moindres mots de M. Callet un artiste épris de la beauté et singulièrement soucieux et capable de la rendre?
E. Ledrain.
LE VICE-AMIRAL
SHIBAYAMA,
nouveau commandant de
Port-Arthur.
Phot. G. Bolak.