Les autorités marocaines de Tanger, le gouverneur en tête, et plusieurs représentants des autres puissances étaient venus saluer les membres de la mission française avant leur départ et les ont accompagnés jusqu'au quai où les attendait la chaloupe qui devait les amener à bord du Du-Chayla.

Le voyage se passa sans incident et la traversée fut superbe. Le soir même, à 6 h. 30, le croiseur jetait l'ancre devant Larache, salué par le canon de la vieille forteresse. Mais en raison de l'heure avancée et de l'état de la barre qui défend l'entrée du port, on dut remettre le débarquement au lendemain.

Dès le matin, des barcasses appartenant au sultan conduisaient tout le monde à terre, où une réception grandiose était faite à la mission par le pacha. Des ordres avaient été donnés évidemment par le Maghzen pour qu'on fit l'impossible afin d'effacer la mauvaise impression causée par l'incident.

M. Saint-René-Taillandier, ministre de France, accompagné à son départ par les autorités marocaines de Tanger. Larache, sur la côte occidentale du Maroc, où la mission a débarqué pour prendre la route de Fez.

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UNE FANTASIA AU MAROC: APRÈS LE COUP DE FEU.
Photographie instantanée de M. Veyre.

NOTRE VOISIN LE SIAM

L'entente cordiale avec l'Angleterre a amené, comme conséquence directe, l'entente cordiale avec le Piani. La semaine dernière, un fait s'est passé, presque inaperçu dans le brouhaha politique, et cependant d'importance. Le Siam nous a rendu une partie de ces provinces du Grand Lac, qui appartinrent au Cambodge, notre protégé, et qui lui avaient été ravies par la conquête. Dans le même temps, nous lui rendions Chantaboun, que nous occupions comme gage temporaire. Le lendemain, on annonçait que le roi de Siam avait manifesté le désir d'envoyer un de ses frères, le prince Damrong, ministre de l'intérieur, saluer le gouverneur général de l'Indo Chine. M. Beau a adressé une invitation au prince, qui se rendra prochainement à Hanoï. Ainsi se manifeste par des actes la fin d'une trop longue période de suspicions, d'hostilités plus ou moins ouvertes et de colères.

Dans l'intérêt de notre empire indo-chinois, nous devons nous féliciter de ce changement de politique. Aujourd'hui, notre Indo-Chine, de la frontière chinoise au pays de Kratt, a ses frontières tracées; ses populations sont pacifiées; son organisation, achevée. Ce qu'il lui faut, désormais, mais nécessairement, c'est la paix qui lui permettra d'achever ses canaux, ses routes, ses chemins de fer, de mettre en exploitation ses richesses agricoles et bientôt, nous l'espérons, industrielles, et enfin, s'il faut tout dire, de se fortifier contre des agressions toujours possibles. La conquête est achevée, la mise en valeur commence. Pour l'exécution de ce nouveau et difficile programme, nous nous trouverons bien de l'amitié du Siam.