LE GÉNÉRAL PEIGNÉ.

Le général Peigné.--
Phot. Pierre Petit.

Dans la série des «fiches» relatives aux officiers, publiées depuis quelque temps par les journaux, figurait, ces jours derniers, une lettre du général Peigné à M. Vadécard, secrétaire général du Grand Orient, qui a produit une vive émotion.

Ancien chef de cabinet du général Boulanger, le général Peigné est actuellement commandant du 9e corps d'armée, à Tours, et membre du conseil supérieur de la guerre. A la suite de la publication de sa lettre, il a été mandé, pour fournir des explications, au ministère de la guerre et a été reçu par M. Berteaux. Mais on ne sait rien d'officiel sur ce qui s'est passé au cours de l'entrevue, et l'incident n'a eu, jusqu'à présent, aucune sanction. Le ministère étant démissionnaire, il ne peut être pris, à l'égard du général Peigné, aucune décision, car c'est seulement en conseil des ministres que son cas peut être examiné. La tâche reviendra au nouveau cabinet..

DUELS D'ESCRIMEURS.

Un nouveau duel vient de mettre en émoi le monde de l'épée. Cette fois comme le 31 décembre dernier, c'étaient encore deux escrimeurs de marque qu'une querelle d'ordre pour ainsi dire professionnel mettait aux prises: MM. Thomeguex et Henry de Pierrebourg, le premier assisté de MM. Rouzior-Dorcières et Destez, le second de MM. le comte de Rochefort et Dumas-Descombes.

Le duel Thomeguex de Pierrebourg au Champ de Mars.

La rencontre eut lieu, lundi matin, dans l'enceinte de la Grande Roue, qui, décidément, est devenue un très moderne Pré-aux-Clercs. Bien que la durée de chaque reprise eût été fixée à une minute seulement, la séance fut fort longue, en raison de la fréquence des interruptions; à la douzième reprise, M. de Pierrebourg était légèrement atteint au biceps, et, après quelques minutes d'observation, les médecins ayant constaté l'état d'évidente infériorité causé par l'engourdissement du bras, les témoins mettaient fin au combat. Ajoutons que, suivant l'usage qui prévaut de plus en plus, un public nombreux, quoique trié sur le volet, avait été admis au spectacle de cette mémorable passe d'armes; deux cordes tendues le maintenaient à distance respectueuse. Pendant plus d'une heure, curieux battant la semelle, curieuses emmitouflées de fourrures restèrent patiemment parqués derrière ce double rempart. Or il faisait un froid de loup: sol glacé, chute de neige fondue, bise cinglante transformaient le champ clos en une petite Sibérie. Et l'on se demande ce qu'il faut admirer le plus, de la maîtrise et de la vaillance des combattants ou de l'endurance des spectateurs bénévoles, prêts à braver toutes les intempéries pour affirmer leur passion des sports en général et de l'escrime en particulier.