...Une heure charmante passée hier au rez-de-chaussée du Petit Palais, dans les salles basses où la Ville a ouvert, cette semaine, son exposition annuelle de «photographie documentaire»--le vilain nom pour une chose si jolie! On avait, il y a un an, proposé aux amateurs que tentent ces exercices un thème amusant; on leur avait dit: «Explorez le vieux Montmartre, la Bièvre et les jardins particuliers de la Ville, et vous nous montrerez l'hiver prochain comment vous avez su voir ces choses et les traduire.» Ils viennent d'apporter au Petit Palais les produits de leur chasse, et cela est délicieux. C'est, pour les Parisiens et les Parisiennes qui naîtront dans très longtemps une suite d'images précieuses où s'évoquera la vie de pittoresques coins qu'aujourd'hui déjà la mort menace et que les plus vieux, en ce temps-là, n'auront pas connus. Et il m'est très agréable de penser que c'est à de simples amateurs que la gloire de ces utiles restitutions sera due. J'ai, comme beaucoup de touristes amoureux de paysage, la manie de ne jamais voyager sans mon kodak, et souvent cette passion de l'«instantané» m'a été reprochée par des compagnes de voyage, qui s'impatientaient de me voir m'attarder le long des chemins, guettant le coin de prairie ou la masure bien «éclairés», l'amusante silhouette d'un chemineau, le profil d'une barque sur la rivière. Elles me disaient en riant: «Laissez-en pour les photographes...» Voyageuses naïves! Elles ne comprenaient pas que les professionnels sont des gens trop occupés pour courir le monde à la recherche des «sujets» que ne réclame point le commerce et que les photographies les plus amusantes ne sont pas celles qu'on trouve dans les magasins. Ce sont celles où l'amateur, habitué désormais devant la nature à se servir lui-même, a su fixer égoïstement le souvenir de ses joies à lui, de ses surprises à lui, de ses trouvailles... A ce jeu-là, il est devenu très fort, l'amateur; si fort qu'on l'invite, à cette heure, à vouloir bien honorer de sa collaboration les futurs historiens de la grand'ville. C'est un succès, cela, je pense?
Mes amies ne se moqueront plus de mon kodak.
Sonia.
LES FAITS DE LA SEMAINE
FRANCE
10 janvier.--Après avoir élu M. Doumer à la présidence par 265 voix contre 240 données à M. Brisson, la Chambre procède aux divers scrutins pour le renouvellement des autres membres du bureau. Sont élus vice présidents: MM. Lockroy, Etienne, Guillain, Gerville Réache; questeurs: MM. Lechevallier, Pajot, Chapuis.
12.--Renouvellement du bureau du Sénat: M. Fallières est maintenu à la présidence. Sont élus vice-présidents: MM. Eugène Guérin, Loydet, Poirrier, Desmons; questeurs: MM. Dusolier, Gayot, Bonnefoy-Sibour.
13.--A la Chambre, discussion d'une interpellation sur la politique générale du cabinet; discours de MM. Lhôpiteau, Paul Deschanel, Zévaès et Vaillant.--Le Sénat inscrit en tête de son ordre du jour le projet de loi sur le service militaire de deux ans.
14.--Suite du débat engagé sur la politique générale du cabinet et nouvelles protestations contre la délation dans l'armée: interventions de M. Krantz, ancien ministre de la guerre, de M. Berteaux, ministre actuel, de M. Ribot et de M. Jaurès; discours de M. Combes, président du conseil, qui pose la question de confiance. Après une suspension nécessitée par des incidents tumultueux, prolongation de la séance jusqu'à minuit et demi. Vote d'un ordre du jour des gauches ainsi motivé: «La Chambre, approuvant les déclarations et le programme du gouvernement, et décidée à écarter toute obstruction...» Pour l'approbation des déclarations, 287 voix contre 281, soit 6 voix de majorité; pour l'approbation du programme (impôt sur le revenu, service de deux ans, retraites ouvrières, séparation des Eglises et de l'État), 380 contre 55 (nombreuses abstentions au centre); pour l'ensemble, 289 voix contre 279, soit 10 voix de majorité.--A la suite de ce vote, M. Combes manifeste l'intention de démissionner.