Entre temps, il avait trouvé le moyen d'apprendre à lire sur le bateau à vapeur où il servait comme aide de cuisine; plus lard, il eut la bonne fortune de rencontrer un avocat qui s'intéressa à lui et lui fit donner une instruction convenable. Et puis, il reprit son chemin, parcourant les Russies en tous sens.

C'est au cours de ses pérégrinations qu'il a amassé les matériaux de ses livres, entassé les observations caractéristiques et directes, à peu près impossibles à un romancier professionnel, sur les pauvres gens, les déclassés, les outlaws, au milieu desquels il passait et qu'il a fait revivre en des nouvelles d'une intensité singulière, avec leurs passions de brutes candides, leurs douleurs poignantes, qui balbutient leur misère sans espoir et sans fin.

LES GRÈVES ET LES MANIFESTATIONS DE SAINT-PÉTERSBOURG.
--Devant les usines Poutilov, le 28 janvier, avant la reprise du travail.

Devant l'Amirauté, le 22 janvier, à 2 heures: le régiment
de la garde Preobrajensky fait reculer la foule.

Nous avons publié dans notre dernier numéro une importante série de photographies, croquis et dessins de nos correspondants et de notre envoyé spécial à Saint-Pétersbourg. La journée du 22 janvier aura été heureusement la seule sanglante et les documents photographiques que nous reproduisons cette semaine se rapportent presque tous aux journées qui ont suivi et où l'ordre a recommencé à régner. Cette physionomie de Saint-Pétersbourg, après l'émeute et la répression, n'en est pas moins lugubre. Nous n'avons pas besoin de souligner la tristesse poignante de la scène saisie par notre photographe et reproduite par notre belle gravure de première page: l'enterrement, le mardi 24 janvier, d'un ouvrier, tombé le dimanche sous les balles aveugles d'un régiment de la garde impériale; un frère, un père simplement un ami--on ne sait--suit seul le pauvre cercueil, qui glisse sans bruit sur la neige vers le cimetière. Deux seulement des photographies ci-contre ont été prises le jour même des terribles conflits: le spectacle est presque anodin; à peine aperçoit-on la ligne des soldats refoulant le public, discerne-t-on l'émoi qui règne autour du Jardin Alexandre,--et pourtant, dans l'instant qui va suivre, les fusils vont partir.

RUE SADOVAIA, A SAINT-PETERSBOURG, LE 24 JANVIER.
--Les magasins barricadés. Photographies de nos correspondants, de notre envoyé spécial et du général Nasvétévitch.