Cette académie féminine n'est point née, comme le croient beaucoup de gens, d'une idée de concurrence, mais d'une idée de justice.

On sait que l'académie Concourt exclut les femmes de la distribution de ses récompenses. En quoi elle a tort. La production féminine, en littérature, grandit tous les jours et, depuis une dizaine d'années, s'est enrichie d'oeuvres que beaucoup d'écrivains, et non des moindres, s'enorgueilliraient d'avoir signées. Alors, pourquoi cette distinction de sexes qu'aucune logique ne justifie et que l'équité réprouve?

C'est la question que s'est très justement posée un de nos confrères; l'excellent journal la Vie heureuse, qu'une femme précisément, Mme G. de Broutelles, dirige avec succès.

Et la Vie heureuse a décidé de fonder à son tour un prix de cinq mille francs qui serait décerné «à l'auteur de la meilleure oeuvre littéraire parue au cours de l'année écoulée»,--et décerné par un jury de femmes de lettres.

Ce jury fut ainsi composé: présidente, comtesse Mathieu de Noailles; vice-présidente, Mme J. Dieulafoy; secrétaire, Mme Jean Bertheroy; membres: Mme Juliette Adam, Arvède Barine, Th. Bentzon, Mendès, Bne de Pierrebourg (Claude Ferval), Alphonse Daudet, Daniel Lesueur, Delarue Mardrus, Judith Gautier, Lucie Félix-Faure-Goyau, Marni, Marcelle Tinayre, P. de Coulevain, Poradowska, George de Peyrebrune, Gabrielle Réval et Séverine.

Secrétaire perpétuel: Mme C. de Broutelles.

Voilà un jury dont la compétence et le prestige ne seront contestés par personne. Il ne contient que des noms connus et plusieurs noms illustres; et il n'y a pas une seule de ces «signatures» qui n'évoque le souvenir de quelque ouvrage applaudi ou d'un succès littéraire retentissant.

Plusieurs d'entre elles s'imposent même très particulièrement à la sympathie, à la gratitude des lecteurs de l'Illustration.

C'est ici même que Jean Bertheroy publiait son dernier roman--l'une de ses plus belles oeuvres--les Dieux familiers. C'est dans l'Illustration également que Daniel Lesueur publiera son prochain ouvrage, la Force du passé, que nous commencerons dans quinze jours. Et, dans quelques mois, nous donnerons à nos lecteurs une nouvelle oeuvre de Mme Marcelle Tinayre, l'heureux auteur de cette Maison du péché dont on se rappelle l'éclatant succès.

Un intéressant détail à noter: ces femmes se montraient plus généreuses à notre égard que nous ne l'avions été vis-à-vis d'elles; car le règlement de leur concours ne stipulait point que les hommes en étaient