Le 26, l'offensive vigoureuse se continuait jusqu'à San-De-Pou. Cette localité importante avait été formidablement organisée par les défenseurs. Les Russes parvenaient bien à enlever, au prix de grosses pertes, les lignes extérieures et à pénétrer dans le village, mais ils ne pouvaient emporter le réduit entouré d'une triple enceinte d'obstacles artificiels que leur artillerie n'avait pas su ou pas pu entamer.
Le. 27, renforcés à leur aile gauche, les Japonais parviennent à repousser leurs adversaires des abords immédiats de San-De-Pou et de quelques villages avoisinants. L'offensive russe était arrêtée.
En même temps, Oyama lançait des forces assez importantes contre le centre de Kouropatkine, du côté de Cha-Ho-Pou. Cette diversion, d'ailleurs, échoua complètement; mais il se peut qu'elle ait empêché les Russes de prendre de ce côté une offensive qui eût favorisé les opérations de Grippenberg.
La lutte acharnée qui s'est livrée autour de San-De-Pou semble terminée depuis la fin de janvier. Elle est seulement prolongée par des escarmouches locales presque incessantes, telles que la prise successive, deux ou trois fois par chacun des partis, du village de Kekeoutaï et l'attaque dirigée sans succès, dans la nuit du 3 février, par un régiment japonais, sur Tchang-Tan.
De graves dissentiments, nous l'avons dit plus haut, paraissent s'être élevés entre le généralissime Kouropatkine et le commandant de la 2e armée Grippenberg, qui se plaindrait de n'avoir pas été soutenu par une offensive du centre. Il est difficile d'émettre sur ce point un jugement quelque peu certain, à la distance où nous sommes du théâtre des opérations, dans l'ignorance absolue où nous nous trouvons des intentions du commandement, des moyens exacts dont il dispose et de mille circonstances ambiantes qui nous échappent.
Ces dissentiments sont-ils la seule cause de l'arrêt de l'offensive russe? La rigueur exceptionnelle de la température, descendue à 20 et 25 degrés de froid au milieu d'affreuses tourmentes de neige, les habiles dispositions défensives des Japonais, l'arrivée à temps de leurs renforts soigneusement échelonnés, la diversion de Nodzu à Cha-Ho-Pou, ne sont-elles pas les véritables motifs de cet arrêt? Nul ne saurait aujourd'hui le discerner avec certitude.
En tout cas, si les opérations de San-De-Pou n'ont pas procuré les résultats décisifs qu'elles eussent pu donner, il est évident qu'elles ont, du moins, mis l'aile droite russe dans une position avantageuse qui, malgré le léger recul des 27 et 28 janvier, ne laisse pas de constituer pour la gauche japonaise un sérieux danger.
Les Russes, d'ailleurs, ne restent pas inactifs: un jour, ils reprennent un village qui consolide leur position sur le Houn-Ho; un autre, c'est la cavalerie cosaque qui pénètre jusqu'à Labataï, au milieu des convois japonais, ou bien un détachement qui détériore la voie ferrée au sud de Liao-Yang.
Les Japonais n'ont pas pu refouler les Russes de la position menaçante qu'ils occupent depuis quelques jours. On peut donc penser maintenant que les progrès accomplis de ce côté ont un caractère définitif. En ce cas, si une bataille générale s'engage d'ici peu, la position prise par la 2e armée russe peut avoir sur les événements une influence capitale. L. de Saint-Fégor.