LA REPRISE D'«ANGELO» AU THEATRE SARAH-BERNHARDT
Mme Sarah Bernhardt (la Tisbé) et M. de Max (Homodeï).

Phot. Manuel.]

LES THÉÂTRES

La reprise d'Angelo, drame en cinq actes de Victor Hugo, a été l'occasion d'un succès personnel considérable pour Mme Sarah Bernhardt, organisatrice et principale interprète de l'oeuvre, et pour ses partenaires, Mlle Dufrène, MM. de Max, Desjardins et Deneubourg. La mise en scène et les costumes sont superbes: c'est en somme un très beau spectacle. Quant à dire que cette reprise ajoutera quelque chose à la gloire du poète, ce serait évidemment aller à l'encontre du sentiment général. Le romantisme a vécu: le public ne «coupe plus» à ses tirades emphatiques, et les horreurs où il se complaît ne provoquent plus que le sourire.

Le nouveau spectacle du théâtre Antoine ne présente qu'un intérêt moyen. L'Amourette, de M. Pierre Veber, amusante à suivre avec son enlèvement en auto, qui est tout à fait dans la note du moment, ne va pas sans engendrer une certaine lassitude à cause de ses longueurs; et puis ce vaudeville est joué sans conviction. Les Manigances, de M. Athys, mettent en scène avec esprit une tentative de rupture entre deux amants; le rôle de la femme, tout de sentiment et de bonne grâce, est très bien tenu par Mlle Jeanne Lion. Enfin une pièce «juridique» à la Courteline: les Experts, par M. Benière, a beaucoup plu; elle démontre une fois de plus que, si l'on a à réclamer une indemnité, il vaut mieux s'entendre à l'amiable: les frais de justice mangent tout. (Voir l'Huître et les Plaideurs.)

Dans la Fille de Jorio, tragédie pastorale en trois actes, donnée au Nouveau-Théâtre, M. G. d'Annunzio développe avec une vive ardeur mystique une histoire analogue à celle du Succube, si bien contée par Balzac en vieux français:

Une pauvre fille de la campagne, innocente et pure, est cruellement sacrifiée par des paysans qui veulent voir l'oeuvre du démon en sa grâce ensorceleuse. Ce rôle, admirablement interprété par Mlle Suzanne Desprès, a conquis à l'oeuvre toutes les sympathies du public.

Il est superflu d'ajouter que la traduction de M. G. Hérelle est de tous points remarquable.

[(Agrandissement)]

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