Aéroplane de M. Deltour,
à pédales actionnant des
hélices latérales.
Aéroplane de M. Seux,
à grandes ailes latérales,
sans moteur et sans hélices.
Le concours d'appareils volants «plus lourds que l'air», organisé les 11, 12 et 13 février à la galerie des Machines par la sous-commission d'aviation de l'Aéro-Club, a trouvé auprès du public un accueil empressé et sympathique.
Nombre de concurrents, 28 ou 30 environ, avaient répondu à l'appel des organisateurs et, si les expériences n'ont apporté rien de bien nouveau, elles n'en ont pas moins montré qu'on peut faire des aéroplanes non montés d'une stabilité convenable.
Du haut du pylône de 38 mètres d'où se lançaient les appareils, on a vu successivement sortir des aéroplanes variés--oiseaux-mouches faits d'éclats de bois et de papier de soie et pesant bien 2 grammes--cerfs-volants genre Hargrave à surfaces superposées--aéroplanes à deux surfaces successives, lestés d'épaisses lames de plomb et propulsés soit par fusées, soit par hélices et ressorts de caoutchouc tordu, enfin un aviateur de près de dix mètres d'envergure, mais que ses vastes dimensions gênaient fort, car il s'est jeté, dès son départ, dans un trophée de drapeaux, au grand désappointement des spectateurs. Plusieurs de ces appareils ont fourni des planements prolongés de vingt à quarante secondes, accompagnés des murmures approbateurs ou même des applaudissements chaleureux du public. Un certain nombre, hélas! pirouettant sur eux-mêmes comme des oiseaux blessés, ou suivant impitoyablement une pente presque verticale, ont heurté le sol avec une violence suffisante pour briser leur frêle carcasse. Leur chute provoquait des rires, d'ailleurs dénués d'ironie, le public connaissant fort bien la grande difficulté que l'on éprouve à lester convenablement ces capricieux appareils. S'ils sont, en effet, trop chargés de l'avant, ils fondent droit vers le sol comme un faucon sur sa proie, mais sans relever à temps leur trajectoire; trop chargés de l'arrière, ils piquent d'abord, se relèvent ensuite et parfois tournent sur eux-mêmes, comme des pigeons «culbutants», accomplissant ainsi des sauts périlleux aériens à rendre jaloux les plus fameux gymnasiarques.
Les concurrents dont le lest était judicieusement placé et qui ont fourni des planements réguliers ont été récompensés de médailles d'argent. Parmi les lauréats, nous devons citer MM. Burdin, Dargent, Hanrion, Peyret, Wriss et Mouren, dont les appareils ont l'ait preuve d'une grande stabilité.
Nos gravures représentent quelques types des plus curieux ou des plus intéressants. M. Deltour exposait une nacelle à hélices latérales, à pédales, pesant 50 kilos et mesurant 5 mètres carrés de surface. Gellitas, de M. Gellit, est un extraordinaire volatile participant de l'aigle, du vautour et du canard et portant une poupée--aéronaute. L'aéroplane de M. Paulhan, suspendu à la voûte par une longue corde et propulsé par deux hélices mues par un moteur à pétrole de 1 cheval 3/4, a fourni quelques vols qui sembleraient lui permettre de se soutenir seul dans l'espace.
Nous avons conté la mésaventure survenue au grand aéroplane de M. Seux, dont le poids était d'environ 60 kilos pour 30 mètres de surface.