Un tube lance-torpilles monté sur un affût. Expérience de lancement de torpille à terre.
Comment les torpilles Whitehead des cuirassés et torpilleurs de la flotte de Port-Arthur ont été utilisées par le général Kondratenko pour la défense terrestre.

«Le général Stoessel fut l'âme de la défense; le général Kondratenko en fut l'Archimède.» La formule est de notre confrère, M. Emile Danthesse, de l'Écho de Paris, qui s'est livré, à bord de l'Australien, à une minutieuse enquête sur le rôle respectif des chefs russes pendant le siège de Port-Arthur.

L'esprit ingénieux de Kondratenko ne cessa, pendant ces longs mois de lutte, de faire des trouvailles étonnantes. La flotte ne pouvant se décider à sortir, il avait réclamé ses canons, ses torpilles, ses munitions de guerre, tout ce qui pouvait être utilisé sur terre. Il n'avait pas seulement construit tous les forts qui n'existaient que sur le papier à la date du 8 février; il les avait armés, semant leurs approches de chausse-trapes, de fougasses, où les torpilles, où les mines flottantes, devenues mines terrestres, détruisaient, en quelques secondes, les plus beaux régiments de Nogi.

En novembre, alors qu'on commençait à manquer d'obus, il imagina même de lancer du haut des forts des torpilles Whitehead, à l'aide des tubes mêmes des torpilleurs installés sur des affûts de fortune et transformés ainsi en des sortes de mortiers.

La torpille, munie à sa base d'un bloc de bois faisant l'office de culot et s'adaptant à peu près exactement à l'âme du tube, n'a jamais dû être un projectile bien perfectionné. Sa trajectoire peu tendue, sa faible vitesse initiale, sa petite portée (environ 60 mètres), ne le rendaient dangereux que pour des assaillants parvenus en masses serrées au pied même des retranchements. Mais, quand cet engin arrivait sans encombre et éclatait au milieu d'une colonne japonaise, il la réduisait, paraît-il, littéralement en bouillie.

Les photographies ci-dessus ont été prises pendant des expériences préparatoires, et c'est précisément la vitesse modérée de la torpille qui a permis à l'objectif de la saisir ainsi au passage. Nous reproduisons en même temps un autre document, que nous envoyait récemment M. Balet, notre correspondant au Japon, et qui prouve bien que Kondratenko ne s'en tint pas à des essais. C'est un dessin, publié par une revue illustrée de Tokio, et qui représente une torpille Whitehead traversant les rangs japonais pendant un assaut.

Fac-similé d'un dessin publié par un journal de Tokio et représentant une torpille marine traversant les rangs japonais pendant un assaut.

Kondratenko. Nomaenko.
LA MORT DE DEUX HEROS.
--Le général Kondratenko et le colonel Nomaenko morts côte à côte au fort de Kikouan nº 2: exposition des corps dans une chapelle ardente, avant les funérailles.

Photographies de notre correspondant à Port-Arthur, K.-D. Linzpaitner.