17--Assassinat, à Moscou, du grand-duc Serge Alexandrovitch, oncle paternel du tsar Nicolas II.--A Varsovie, nouvelle collision sanglante entre la troupe et les ouvriers.

LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Les cavaleries russe et japonaise font preuve d'une nouvelle activité à l'ouest des positions occupées par les deux armées, sur l'extrême flanc droit russe et l'extrême flanc gauche japonais; elles se livrent à des tentatives d'enveloppement. Le 12, deux bataillons japonais (1.000 hommes) étaient signalés près de Fan-Tsia-Toun, à mi-chemin entre Kharbine et Tié-Ling; ils attaquaient un pont et endommageaient la voie ferrée. Par contre, on annonçait, le 17, de l'armée du général Oku, que 15.000 cavaliers russes, avec 500 fantassins et 20 canons, s'étaient avancés au sud, sur les deux rives du Liao-Ho, vers Siaopao.

Le grand-duc Alexis a inspecté, le 15, à Liban, avant leur départ, les navires de la troisième escadre du Pacifique.

M. EMILE GEBHART

Le nouvel académicien dont, au nom de ses collègues, M. Paul Hervieu saluait hier officiellement rentrée sous «la coupole» est un Nancéien de soixante-six ans, à qui l'on chanterait volontiers le refrain de Nadaud: «Vous n'êtes pas vieux, grand-père», car M. Emile Gebhart est resté jeune en dépit des années. Il appartient à cette élite heureuse de laborieux bien portants, qui savent enseigner avec bonne humeur, à la française, des choses graves, et les enseignent fort bien. Il est le type de l'érudit souriant; quelqu'un disait un jour de M. Gebhart: «Il serait illustre, si Renan n'avait pas existé.» Et, sous cette restriction, il y a un éloge dont beaucoup se contenteraient.

Il s'en contente aussi, probablement, car ce savant est un modeste, qui n'a jamais cherché, hors de son métier, les succès bruyants où se complaisent les ambitions de certains maîtres. Il avait grandi dans l'Université; il a voulu mûrir et vieillir là où il avait grandi; c'est un professeur, dont l'unique souci est de bien professer.

Ancien élève de l'École normale, M. Emile Gebhart a passé par l'École d'Athènes et, bien qu'un proverbe (faux comme la plupart des proverbes) affirme que nul n'est prophète en son pays, il a été un peu prophète dans le sien: on l'avait installé de bonne heure en l'une des principales chaires de l'université de sa ville natale, et c'est là--comme professeur de littérature étrangère à la Faculté des lettres de Nancy--que M. Emile Gebhart commença d'attirer sur ses travaux l'attention du monde savant. L'agrément de sa parole, l'originalité de son enseignement, la haute valeur de ses premiers ouvrages, le désignaient pour un poste encore plus haut: à quarante ans, il était appelé, pour y occuper la chaire de littérature méridionale, à la Faculté des lettres de Paris. Voilà juste un quart de siècle qu'il occupe cette chaire et qu'un public d'année en année plus nombreux vient l'y applaudir.

M. Emile Gebhart entretient ses auditeurs, cette année, de Dante et de Machiavel: deux leçons par semaine sur des sujets qui n'ont rien de très actuel et qu'aucune mode ne désigne à nos préférences. Les habitués de la Sorbonne savent cependant que, si l'on veut trouver, ces deux jours-là, un peu de place sur les banquettes de l'amphithéâtre Turgot, il faut y venir de bonne heure...