Voici, passant par les fenêtres, descendus au bout de cordes mouillées, mal attachées, incertaines, les Pèlerins d'Emmaüs, de Rembrandt, que ne remplacerait jamais tout l'or des lointains Transvaals; voici la Kermesse, de Rubens, source de joie abondante et saine; le Charles 1er de Van Dyck que, jadis, la Dubarry avait conservé à la France; le pâle et hautain Richelieu de Philippe de Champagne, et cent autres merveilles pour chacune desquelles on aurait pu reprendre le mot de Paul de Saint-Victor sur la Vénus de Milo: «Si elle disparaissait, une lumière s'éteindrait sur le monde...»

Cauchemar, rêve, soit! Mais ce cauchemar, ce rêve peut être la réalité demain. Et l'on hésiterait, en ayant les moyens, à rendre impossible un pareil désastre?

Depuis dix ans, vingt ans, depuis que voisinent entre les mêmes murailles les chefs-d'oeuvre immortels et les fonctionnaires indifférents, on a signalé le péril. La question n'avait pas progressé d'un pas. Or, nous voici en présence d'un ministère nouveau qui semble bien décidé à en hâter la solution. M. Clémentel, ministre des colonies, ne demande pas mieux que d'abandonner le pavillon de Flore,--ce qui serait un premier et enviable résultat,--et l'un des actes du sous-secrétaire d'Etat aux beaux-arts, M. Dujardin-Beaumetz, le montre animé des meilleures intentions: à peine arrivé rue de Valois, il constituait une commission à laquelle il donnait mission d'aviser aux moyens de parer aux dangers incessants que courent les collections d'art du Louvre.

Dix projets différents ont été présentés: transfert des colonies dans les bâtiments du commissariat général de la défunte Exposition de 1900, qui seront peut-être enfin libres dans quelques mois; transfert au Palais-Royal, dans la partie occupée par l'administration des beaux-arts, qui émigrerait à son tour à la caserne de la rue de Bellechasse; construction d'un hôtel pour les colonies sur les terrains de la rue Oudinot où s'élève le noviciat des frères des écoles chrétiennes expulsés; nous en passons!... Le meilleur sera celui qui sauvera le plus vite le Louvre. Et nous serions heureux, pour notre part, si, en montrant d'une façon tangible les irréparables conséquences qu'aurait un sinistre comme celui qu'on peut prévoir, en mettant sous les yeux de ceux desquels dépend, sur ce point, notre tranquillité l'image même de ce que serait ce drame, nous avions stimulé un peu le zèle qu'on leur sait pour la bonne cause.
GUSTAVE BABIN.

L'échafaudage de l'église de la Trinité, à Paris.
--Photographie prise d'une fenêtre des
Ambulances parisiennes.

LES ÉCHAFAUDAGES DE LA TRINITÉ

On répare, en ce moment, la façade de l'église de la Trinité. Bien qu'elle n'ait pas encore quarante ans d'existence, elle commençait, parait-il, à s'effriter. Le monument de Ballu n'a rien à gagner ni à perdre, sans doute, au point de vue esthétique, à ces travaux de pur entretien, et personne n'y aurait pris garde si l'échafaudage élevé autour de la flèche principale et des deux clochetons latéraux de l'église n'était, en soi, une merveille de grâce aérienne, de beauté même, en son genre un chef-d'oeuvre, et, en ce moment, à tout le moins, une des curiosités de Paris. Il est d'une légèreté qui confond et qui inquiéterait un peu, si l'on n'avait, d'autre part, la certitude que le système a fait ses preuves de solidité. Et les passants s'arrêtent involontairement pour le contempler, les uns étonnés, les autres ravis de tant d'élégance et de tant d'audace.

En quelques jours, l'échafaudage de la Trinité a surgi de terre et escaladé la façade qu'il garnit si joliment. Les éléments principaux, comme on le voit sur notre gravure, en sont des échelles, qui forment les montants, l'armature essentielle. Il en est entré dans la confection de cette charpente environ deux cents de 14, de 12 de 10 mètres de long. Le tout ne cube que 155 mètres. Et c'est un fort remarquable travail aux yeux des constructeurs comme à ceux des artistes.