Jehan Fouquet.

Depuis l'exposition des Primitifs, le nom de Jehan Fouquet est presque devenu populaire. Dans une belle étude, M. Georges Lafenestre nous a raconté la vie et l'oeuvre de l'illustre Tourangeau qui nous apparaît comme un trait d'union entre le pur moyen âge et la renaissance. Nous savons peu de chose de ses gestes. Né à Tours vers 1430, il fit le classique voyage d'Italie (1443-1447), pendant lequel il représenta le pape régnant Eugène IV.

De retour dans sa ville natale, peintre de Charles VII et de Louis XI, il s'installa rue des Pucelles, aujourd'hui rue des Fouquets. Un acte nous montre sa femme veuve en 1481. Rien n'égalait à cette époque la magnificence religieuse de la ville de Tours, avec sa basilique de Saint-Martin et la chapelle royale. Sur les bords de la Loire clémente l'existence était délicieuse, on y voyait une société cosmopolite et brillante. Tout cela influa sur Jehan Fouquet. Il se laissa pénétrer par la douce vie de sa terre natale. Son réalisme est délicat; s'il n'a pas les élans passionnés des grands mystiques, il a le tact et une grâce qui n'exclut pas l'énergie. Ses portraits d'Eugène IV, de Charles VII, de Jouvenel des Ursins, sont d'une vie intense.

Quelle expression dans son portrait de lui-même sur émail; dans son légat du pape! S'il ne lui manque rien pour être un grand portraitiste, il fut le miniaturiste par excellence, comme en témoignent le Livre d'heures d'Étienne Chevalier, dont il nous reste quarante-deux feuillets, les miniatures des antiquités judaïques, une partie de l'illustration des Chroniques de France et le frontispice d'une traduction de Boccace.

M. Lafenestre, en des pages fort littéraires et même un peu émues, a célébré comme il convient l'élégance saine et vive, le sentiment de l'exactitude de Jehan Fouquet.

Victor Hugo photographe.

La photographie est-elle un art? Oui, répond M. Paul Gruyer, et il en donne pour preuve le volume qu'il publie. À Jersey, jusqu'en 1855, Charles Hugo d'abord, et Auguste Vacquerie ensuite s'exercèrent à représenter le grand homme dans toutes ses attitudes. Victor Hugo collabora, en réalité, avec ses deux fils --Vacquerie était pour lui un fils--en prenant ses poses, en choisissant les effets d'ombre et de lumière. C'est en cela qu'il fut photographe, sans jamais toucher l'instrument et c'est sur les résultats de cette collaboration que M. Paul Gruyer appuie sa thèse: la photographie est un art. Que de belles images, en effet. M. Gruyer a tirées de l'album de M. Auguste Vacquerie qui lui a été livré! En 1842, le grand poète n'avait pas la figure adoucie par la vaste barbe et par la vieillesse; le visage rasé, anguleux, la taille fière, il en imposait même à son entourage immédiat. L'une des reproductions nous le montre droit, sur un rocher, défiant le destin et jusqu'aux vagues de l'Océan; dans un autre portrait, il nous apparaît la tête appuyée sur sa main, méditant profondément et presque douloureusement.

Rien d'utile comme cet album pour la psychologie de l'exilé de Jersey. La famille de Victor Hugo, Paul Meurice et quelques proscrits ont été extraits du trésor Vacquerie, ainsi que quelques paysages.

Hector Berlioz.

Hector Berlioz a eu déjà, en M, Tiersot, un premier historien (Hachette), et j'ai dû, il y a plus d'un an, m'occuper de l'auteur de la Damnation de Faust. Dans un volume, où les documents abondent et les lettres inédites, M. J.-G. Prodhomme nous a retracé la vie amoureuse et agitée de Berlioz (1803-1869), ses déceptions à Paris, ses triomphes en Allemagne, en Hongrie, en Russie, en Angleterre. À un catalogue complet des oeuvres musicales de Berlioz, M. Prodhomme en joint un autre des oeuvres littéraires.