La nouvelle a produit aussitôt une vive émotion, non seulement en France, mais encore à l'étranger, où les oeuvres du fécond écrivain jouissent, s'il est possible, d'une vogue encore plus grande que chez nous.
Jules Verne! ce nom d'une réputation universelle, imprimé sur la couverture de tant de volumes, répété par tant de bouches, devenu en quelque sorte un terme générique en matière littéraire, n'évoque-t-il pas à lui seul tout un monde? Jules Verne! l'auteur de Cinq semaines en ballon, du Capitaine Natteras, des Enfants du capitaine Grant, de Vingt mille lieues sous les mers, de Michel Strogoff, de cent autres livres aux titres célèbres, qui, grâce à une heureuse combinaison de la science et du roman, ont intéressé, captivé, passionné même toute une génération de lecteurs.
L'émotion des innombrables amis du créateur d'un genre où aucun de ses émules ne l'a égalé est donc amplement justifiée. Aussi bien, ce romancier montra, sur plus d'un point, la perspicacité d'un précurseur: au cours de sa longue carrière, il a eu la rare fortune de voir maintes découvertes ou inventions, pressenties ou suggérées par son génie imaginatif, passer de la fiction dans la réalité.
l'inauguration de la présidence de m. roosevelt
Le 4 mars a eu lieu, à Washington, l'inauguration de la seconde période présidentielle de M. Roosevelt. Pour cette cérémonie officielle, le président s'est rendu en voiture de la Maison-Blanche au Capitale; une estrade avait été dressé contre la façade occidentale du monument, et c'est là que M. Roosevelt, après avoir prêté serment sur la Bible, devant le Cbief-Justice, M. Fuller, a prononcé le discours qualifié de message, où il a exalté en termes chaleureux la grandeur, la prospérité et la politique expansionniste de la nation américaine.
L'ensemble de la solennité a, du reste, offert un caractère pompeux inconnu jusqu'alors dans les fastes de la République.
On y a remarqué surtout l'importance de l'appareil militaire déployé: escorte de rough-riders, double haie de troupes sur le parcours du cortège, défilé où figuraient les cadets de West-Point et un régiment de nègres; exhibition d'uniformes nouveaux, galonnés, soutachés, de colbacks à chausse retombante surmontés de plumets, de toute une brillante passementerie jurant quelque peu avec la proverbiale simplicité républicaine.
LE LANCEMENT DE LA «PROVENCE»
Mardi dernier on a mis à l'eau, des chantiers de Penhouet, à Saint-Nazaire, le paquebot la Provence, construit par la Compagnie Transatlantique, et dont l'entrée prochaine en service augmentera la flotte de notre grande compagnie postale d'une unité de premier ordre, d'un navire superbe et dont les aménagements dépasseront, en somptuosité, tout ce qu'on a créé jusqu'à présent.
La Provence se rapproche, comme type, de la Savoie et de la Lorraine. Elle a 190m.40 de longueur, 19m.70 de largeur au maître couple et, avec un tirant d'eau moyen de 8m.15, déplace 19.160 tonnes et aura une vitesse de 22 noeuds. Ce sera le plus grand navire français. Elle a les proportions maxima permettant d'entrer dans le port du Havre, non sans difficultés; car, ainsi que le faisait remarquer mardi soir M. J.-Charles Roux, président de la Compagnie Transatlantique, dans un discours qui a produit grande impression, l'insuffisance de dimensions de nos ports est un grand obstacle au développement de notre flotte commerciale rapide.