Comme conséquence, le camphre n'a plus aujourd'hui de cours commercial.
Quant à l'écorce d'aulne, utilisée pour la fabrication de la poudre sans fumée, son prix a décuplé depuis six mois, mais sa raréfaction sur le marché n'intéresse guère que les gouvernements qui ont à fabriquer de la poudre; tandis que celle du camphre, qui est si largement utilisé en médecine et en hygiène, se fait directement sentir sur toutes les bourses.
Mouvement littéraire
Dix mois de guerre en Mandchourie, par Raymond Recouly (Juven, 3 fr. 50).--Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-Orient, par Réginald Kami (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).--Jaunes contre Blancs, le problème militaire indo-chinois, par R. Castex (Charles-Lavauzelle, 3 fr. 50).--La Troisième Jeunesse de Mlle Prune, par Pierre Loti (Calmann-Lévy, 3 fr. 50). Dix mois de guerre en Mandchourie. M. Raymond Recouly a été le correspondant du Temps pendant une partie de la guerre russo-japonaise. A la fois lettré et précis, il nous dit ce qu'il a vu et les impressions qu'il a éprouvées. Suivant dans ses marches l'armée russe, il a été enveloppé dans la grande bataille de Liao-Yang, à la fin d'août et au commencement de septembre dernier. Les soldats russes qu'il a observés, puisqu'il était mêlé à leurs bataillons, ont montré un héroïsme surhumain, dans toutes les rencontres, principalement à Liao-Yang. Contre leur courage, toutes les attaques furieuses des Japonais se sont brisées. Ils sont restés, au début et même à la fin de la grande bataille, maîtres de leurs positions. Et, cependant, la retraite a sonné! On a craint le mouvement de Kuroki et d'être coupé de la ligne de communication. Avec un peu d'énergie et plus de coordination dans les efforts, peut être aurait-on eu facilement raison du général nippon, qui avait un fleuve à franchir. Il fallait se porter rapidement à sa rencontre--il était isolé--et le séparer de plus en plus du gros de l'année. Mais, supérieur dans la défensive et presque invincible, le soldat russe l'est montré d'une notoire inhabileté dans l'offensive. Ce que nous soupçonnions, M. Recouly nous l'apprend de la façon la plus nette. Pendant que les Japonais faisaient la guerre hardie, la guerre napoléonienne, leurs adversaires, braves entre tous, se contentaient de parer les coups. A Cha-Ké, l'attaque russe, faute d'unité, échoua complètement. Sur les moeurs du pays mandchou, sur les différentes races qui l'habitent, sur la haine des Anglais contre les Russes, sur les hésitations des Chinois, toujours disposés à se tourner du côté du piu patente, M. Recouly nous renseigne exactement. Quand il ne peut assister aux batailles, il examine les lieux, décrit la topographie du pays, nous initie aux habitudes et aux passions de ceux qui peuplent la grande Mandchourie et nous révèle jusqu'à quel point les Nippons sont admirables dans l'organisation de l'espionnage. Le reporter actuel est d'une grande utilité: il remplace les anciens écrivains de Mémoires, et peut-être avantageusement pour les historiens futurs, car il apporte moins de préoccupations personnelles dans son récit.
Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-Orient.
M. Recouly s'est acquitté de sa tâche de correspondant dans l'armée russe, M. Réginald Kann dans l'armée japonaise.
Peut-être M. Kann n'a-t-il pas rencontré chez les Nippons la même bonhomie, ni les mêmes facilités cordiales que M. Recouly chez les Russes Combien de jours il a dû se promener à Tokio et à Yokohama avant d'obtenir l'autorisation de suivre les opérations militaires en Corée et en Mandchourie! Avec une bonne foi douteuse, on lui promettait tout sans lui rien accorder. Enfin, il a pu remplir ses fonctions d'observateur et de reporter et assister, comme M. Recouly, à la bataille de Liao-Yang. L'Illustration a eu la primeur de son récit dans le numéro du 19 novembre 1904. Ancien élève de Saint-Cyr, M. Kann est du métier et s'intéresse à la guerre. Echappant à la surveillance étroite à laquelle on le soumettait, il a, d'une hauteur, contemplé la grande lutte, l'embrassant dans son étendue, relevant les détails. Il marque les défectuosités de la défense russe, le tort que l'on avait de trop serrer les soldats, de les présenter comme une cible facile aux coups de l'ennemi; dans la défensive, il faut un peu éparpiller les hommes, afin de laisser des espaces par lesquels bombes et balles puissent passer et se perdre. La longue lutte de Liao-Yang fournit encore à M. Kann l'occasion de faire remarquer ce que Sadowa avait suggéré aux hommes compétents. Il ne faut pas exagérer l'importance de l'artillerie dans la guerre En 1866, les Autrichiens, par leurs canons, étaient supérieurs aux Prussiens, mais ce furent les fusils de l'infanterie prussienne qui décidèrent de la journée. A Liao-Yang, les munitions de l'artillerie nipponne étaient déplorables, ce qui n'empêcha pas les Japonais d'avoir le dessus. Au fond, les obus et les boulets font plus de bruit que d'effet. Il est vrai que, s'ils ne tuent pas comme les balles pressées, invisibles et rapides, ils jettent dans les rangs adverses la terreur et le désarroi, et que l'infanterie, se sentant soutenue par le tir des canons, marche plus vigoureusement et avec plus d'entrain.
Au point de vue militaire, le livre de M. Kann est des plus instructifs; il est bon de mettre son récit en face du récit de M. Recouly; les deux se complètent.
Toutefois, ajoutons que M. Kann n'a pas dans le haut commandement nippon une confiance démesurée. Si celui-ci avait, au début de la guerre, avec ses quatre cent cinquante mille hommes complètement prêts, montré plus d'activité, que serait-il advenu de la Russie qui n'avait presque personne en Extrême-Orient?
Après chaque grande victoire, les Japonais se sont pareillement un peu trop longtemps reposés, ne poursuivant pas leurs avantages et laissant à l'ennemi le temps de se ressaisir, de se ravitailler en hommes et en munitions.