SCÈNE DU DEUXIÈME ACTE DU «DUEL».
--La duchesse de Chailles (Mme Bartet) chez l'abbé Daniel (M. Le Bargy)


M. Henri Lavedan
«LE DUEL» M. Henri Lavedan et la Comédie-Française ont eu lundi une soirée triomphale, avec une oeuvre noble et belle, fortement conçue, savamment construite et savoureusement écrite, mise à la scène et jouée avec une magistrale perfection. Le Duel est une pièce à quatre personnages. Deux sont des prêtres.


Photographies Mathieu-Deroche. Mgr Bolène (M. Paul Mounet).

Et voici le plus sûr témoignage de la hauteur de pensée et de l'art admirable de M. Henri Lavedan: pas un instant, dans cette pièce où deux soutanes sont presque continuellement en scène, dont le sujet est une âpre lutte entre l'esprit chrétien et l'esprit athée, le spectateur n'a même la crainte d'une allusion aux faits d'actualité, aux conflits brûlants de l'Église et du pouvoir civil. Le meilleur catholique, le plus intolérant anticlérical, assisteront aux trois actes du Duel sans qu'une réplique, un mot les irrite ou les froisse. Non pas que l'auteur eût éludé les difficultés de son sujet: il les a ignorées; il s'est tenu plus haut qu'elles. La critique a comparé déjà le Duel à Polyeucte: Polyeucte serait plus dangereux peut-être à représenter aujourd'hui.

Il convient d'ajouter que M. Le Bargy (l'abbé Daniel) et M. Paul Mounet (Mgr Bolène) ont su créer deux figures saisissantes, inoubliables, d'une grandeur et d'un relief étonnants. Nos photographies donnent du moins une idée de l'aspect physique, de la physionomie, qu'ils ont prêtés au jeune vicaire et au vieil évêque. Portés avec cette noblesse, les habits de prêtre peuvent paraître sur les planches d'un théâtre: ils n'y sauraient choquer personne.

Ce n'est pas l'habitude de l'Illustration d'analyser les oeuvres dramatiques: elle a le privilège de les publier.

Nous publierons le Duel dans le numéro du 13 mai. Les dépôts à faire à l'étranger, indispensables pour une oeuvre qui sera jouée dans toutes les grandes villes des deux mondes, nous imposent ce délai.

Nous offrirons à nos lecteurs cette belle primeur littéraire entre deux autres l'Armature, de M. Brieux, d'après le célèbre roman de M. Paul Hervieu, dont la première représentation, au théâtre du Vaudeville, a été le second événement littéraire de cette semaine particulièrement heureuse--et Monsieur Piégois, la charmante comédie de M. Alfred Capus.

LES ÉMEUTES DE LIMOGES

L'automobile de M. Haviland brûlée par les grévistes.--Phot. Peyclit, comm. par M. Dubreuil.