Le comte de Lauzun était le plus petit et le plus insolent des cadets de Gascogne. La voilà éprise, elle, géante de quarante-deux ans, de ce nain rusé, malfaisant et le plus plat des courtisans. Le dessein de Louis XIV était alors de la marier avec Monsieur--on revenait à Monsieur, veuf de Henriette d'Angleterre.--Mais il lui faut Lauzun. Après avoir cédé sur ce point, le roi retire son consentement, ce qui amène des cris, des évanouissements, un beau tapage de Mademoiselle. Toute la cour et tout Paris s'amusèrent de cette vieille fille amoureuse. Comme Mme de Montespan passait pour s'être opposée au mariage, Lauzun poursuivit celle-ci de ses injures, ce qui lui valut un long exil dans la forteresse de Pignerol Pour le délivrer, Mademoiselle subit un chantage de la maîtresse royale et livra quelque beau morceau de sa fortune au duc du Maine. Mais si licencieux s'étalait Lauzun, qui lui coûtait cher, que Mademoiselle le chassa après l'avoir battu. Il est vrai qu'elle le reprit ensuite, mais pour peu de temps. Tel fut ce roman qui égaya si fort les contemporains. Mademoiselle mourut, sans connaître les charmantes douceurs de l'état conjugal--il est peu probable qu'il y eut un mariage secret entre elle et Lauzun--le 5 avil 1693, à l'âge de soixante six ans. Plus négligé, plus malpropre que jamais, Lauzun, à soixante-quatre ans, épousa Mlle de Lorges, qui comptait rapidement l'enterrer; il mourut à quatre-vingt-dix ans passés, en 1723. Une charmante vivacité tout académique anime et enchante le récit de Mme Arvède Barine.

Au service de l'Allemagne.

Il y a deux parties dans le volume de M. Barrés: la première historique et philosophique sur les races, sur la lutte entre l'esprit germain et l'esprit latin, établie à la pointe de la Lorraine. Peut-être désirerait-on là plus de rigueur scientifique; toutefois, M. Barrés excelle à analyser ce qui doit se passer dans l'âme d'un Alsacien, sous le casque pointu. Ehrmann a voulu demeurer dans la terre où l'on entend la voix des ancêtres et y maintenir la France. Est-ce que les émigrés servent vraiment la cause française? Ne vaut-il pas mieux, dans l'intérêt de la vieille patrie, ne pas abandonner le sol alsacien? Pendant son volontariat, Ehrmann se sent d'une autre race que ceux qui l'entourent; il n'a rien de commun avec les Allemands; il a le geste français, libre, souple, non les mouvements automatiques. Au moral, il montre une politesse, une délicatesse, un altruisme, une fleur dont ses compagnons sont dépourvus: ça, c'est la France. Son passage par le régiment ne lui fera que mieux comprendre jusqu'à quel point il diffère des Prussiens et quels liens l'attachent à la vraie mère. De plus, il aura été pour les autres un beau spectacle et des plus utiles, il leur aura découvert ce que vaut l'âme française, de quelles vertus elle est formée. Ingénieuse, serrée et d'une belle noblesse patriotique, la seconde partie du livre de M. Barrés nous émeut. J'aurais voulu, en même temps, donner mon sentiment sur le Préjugé des races, dans lequel M. Finot soutient une thèse qui n'est pas précisément celle de: Au service de l'Allemagne; mais je réserve l'oeuvre si nourrie de M. Finot pour l'article que je me promets de consacrer à la philosophie.E. LEDRAIN.

LES THÉÂTRES

Le Palais-Royal nous a donné cette semaine Chambre à part, trois actes de M. Pierre Veber, qui sortent un peu de son répertoire habituel: c'est l'histoire de deux époux qui s'adorent en croyant se détester et reviennent à l'amour en passant par le divorce, et elle nous est contée sans bouffonnerie, avec plutôt quelque esprit d'observation et quelque délicatesse. Bien interprétée par l'ordinaire troupe du Palais-Royal, elle a réussi. Elle était précédée d'un agréable proverbe de MM. Bilhaud et Hennequin: le Gant.

A la Gaîté, M. Coquelin a repris le Maître de forges. Il n'y joue qu'un rôle de second plan, celui de Moulinet, mais il est à peine utile de dire qu'il y est parfait de bonhomie naturelle. Mlle Jane Hading triomphe, comme il y a vingt ans, dans le rôle de la belle Claire de Beaulieu. L'«écriture» de cette pièce a un peu vieilli, mais l'intrigue en est toujours fort émouvante.

Aux Variétés, MM. Georges Feydeau et Maurice Desvallières nous ont offert, accompagnée d'une pimpante musique de M. Louis Varney, une féerie en douze tableaux, l'Age d'or, spectacle kaléidoscopique qui divertit les yeux sans fatiguer l'esprit.

Le jockey Woodland et Mlle
Émilienne André.

FIANÇAILLES SPORTIVES