M. Edmond Blanc, en ces dernières années, acheta encore en Angleterre Adoration, par Hermit (65.000 fr.), Santa Felice, par Saint-Simon (65.000 fr.), Choice, par Galopin (55.000 fr.), etc.
Si les deux premières nommées n'ont pas, jusqu'ici, réalisé toutes les espérances de l'acquéreur, il eut, du moins, une compensation avec la dernière dont le vaillant rejeton, Caïus, déjà vingt et une fois vainqueur, s'achemine gaillardement vers les cinq cent mille francs de gain.
Le stud de Jardy s'alimente aussi par lui-même en poulinières de marque. Amie, la mère d'Amicus, d'Ajax, d'Adam et d'Amasis, est une élève du haras. Elle vient de mettre bas un foal, par Flying Fox, qui sera peut-être un nouvel Ajax. Gouvernante, également née chez M. Blanc, a fourni Gouvernant et ce courageux Génial, qui semble de taille à suppléer, au besoin, les Val-d'Or et les Adam.
On conçoit qu'avec de pareils éléments un élevage ne puisse que donner de brillants résultats. L'écurie de courses de M. Edmond Blanc a gagné 1.137.450 francs en 1903. En 1904, avec les Ajax et les Gouvernant, les sommes encaissées s'élevaient à 1.692.758 francs. En 1905, elles atteignent déjà, au lendemain du prix de Diane, 770.700 francs. C'est une somme que les propriétaires les plus favorisés dépassaient rarement naguère avec les gains de toute une année. Et nous ne sommes qu'au début de la saison sportive; les courses plates ont commencé le 15 mars! Le prix du Jockey-Club, le Grand Prix de Paris, le Prix du Président, le Grand Prix de Vichy, tous échus en 1904 aux représentants de la casaque orange, restent à courir. On peut prévoir qu'en fin de saison M. Blanc aura doublé le cap des 2 millions, s'appropriant ainsi un record qui appartenait jusqu'ici encore au duc de Portland.
Un futur candidat au Derby et au Grand Prix: le poulain
de l'année, frère d'Ajax et d'Adam, par Flying Fox et Amie.
--Photographies Tresca.
Sur vingt neuf prix d'une allocation de 20.000 francs et au-dessus qui ont été disputés en France depuis l'ouverture des courses plates, l'écurie en a disputé vingt et gagné quatorze. Quelles proportions!...
Ces succès, presque décourageants pour ses rivaux, M. Blanc les doit pour la plus grande part au noble, au royal Flying Fox, père d'une si surprenante pléiade de galopeurs. Aussi, tous les sportsmen étrangers qui passent en France tiennent-ils à aller visiter l'établissement de La Fouilleuse, où l'habile Denman entraîne les héros du jour, et le haras de Jardy, où le fidèle Duret veille sur l'étalon-roi, le prince héritier Ajax, et leurs soixante épouses!... La Fouilleuse et Jardy se classent ainsi parmi nos attractions nationales.
Flying Fox est bai, avec liste en tête et trace de balsane postérieure gauche. Bâti en athlète (1m,64 de taille), avec des membres absolument nets, c'est bien le plus puissant type de reproducteur qu'on puisse imaginer. Comme la plupart des chevaux illustres, il a de la fougue et de la volonté. Lâché dans le paddock, il y galope en endiablé. Lors de son arrivée à Jardy, il fut un peu rebelle au travail à la longe, par lequel on maintient en état les étalons. L'âge l'a assagi. Toutefois, il paraît n'aimer que son palefrenier, Yvon. Celui-ci ayant dû se faire remplacer pendant trois jours, Flying Fox fit mauvais oeil à l'intérimaire et refusa obstinément de se laisser laver et nettoyer les pieds par lui. Quand Yvon revint, le cheval reprit toute sa docilité.
Le roi Edouard Vil, qui est un sportsman passionné et gagna naguère le Derby d'Epsom avec Persimmon, voulut, lui aussi, pendant son dernier séjour en France, aller voir dans leurs box les pensionnaires de Denman et ceux de Duret. Sa visite à Flying Fox lui rappela sans doute le jour où, malgré Porter, il n'osa pas surenchérir sur un reproducteur dont le départ laisse inconsolée toute l'Angleterre sportive. À La Fouilleuse, il admira, entre vingt racers, cet Adam, dont une série de malchances a retardé la réapparition en courses cette année. A La Châtaigneraie, où sont les yearlings, il trouva un fils de son étalon Persimmon, qui a déjà la silhouette et l'allure d'un véritable crack: Ouadi-Halfa, que M. Blanc paya foal 37.500 francs.