L'ASSASSINAT DE M. COPPOLANI PAR DES MAURES DE LA RIVE DROITE DU SÉNÉGAL.
Mouvement littéraire.
Lettres et Papiers du chancelier comte de Nesselrode (Lahure, 3 volumes à 7 fr. 50 chacun). --Mon Journal pendant la guerre 1870-1871, par la comte d'Haussonville (Calmann-Lévy, 7 fr. 50).
Le comte de Nesselrode.
Guillaume de Nesselrode, père du chancelier, était d'origine allemande. Après avoir servi le saint-empire romain, il vint en France sous le patronage de Choiseul, et se rendit à la cour de Frédéric, où il trouva beaucoup d'honneurs, mais peu d'argent, si bien qu'il la quitta pour se présenter à la grande Catherine. A partir de ce moment, il appartint complètement, ainsi que sa famille, à la Russie, qui lui confia plusieurs missions diplomatiques. Il finit par se retirer à Francfort-sur-le-Mein, par où passaient tant de voyageurs et où affluaient toutes les nouvelles.
C'était un homme instruit, expérimenté bel esprit même, possédant la science de la vie, que Guillaume de Nesselrode. Il écrivait dans un français assez correct et toujours fort piquant. Son fils Charles, qui devait mener, pendant tant d'années, sous Alexandre 1er et sous le grand Nicolas, la politique étrangère de la Russie, s'y prépara de bonne heure, dans les légations et les ambassades. En 1801 et 1802, nous le voyons à Berlin, en sous-ordre, mais examinant les hommes, jugeant les événements et rendant compte de tout à son père Guillaume qui, avec une sagesse souriante et détachée, continue de le guider. De Berlin, à la fin de 1802, il est transféré à la Haye, d'où il observe fort bien tout ce qui se passe en Europe. Pas plus que son père il n'aime Bonaparte, qu'il appelle M. Bonaparte, comme Joséphine Mme Bonaparte. Mais il rend justice aux grandes qualités de l'empereur, à son esprit de décision, à la promptitude de son action, si fort opposés aux lenteurs de l'Autriche et de la Russie. Comme Charles de Nesselrode a habité Berlin, il sait la duplicité qui y règne et combien il faut peu compter sur un concours effectif de la Prusse. Avant Ulm et Austerlitz (1805), le gouvernement prussien tergiverse, promet et ne tient pas. A Vienne, qu'il traverse; à Paris, où nous l'apercevons en 1807 comme secrétaire d'ambassade, Charles de Nesselrode achève de faire ses études de Psychologie des peuples, et de se préparer à sa grande fortune. En 1810, il a l'agrément d'assister au mariage de Napoléon avec Marie-Louise; il s'empare, moyennant finances, de certaines pièces importantes; il se renseigne secrètement sur les vues de Napoléon et sur ce qui se passe dans l'entourage de l'empereur; il loue la modération de Fouché et regrette sa disgrâce (1810); il sent, en 1811, l'orage qui va fondre sur la Russie et surveille, sur le visage même de Napoléon, les marques croissantes de mauvaise humeur. Dans ses lettres à M. de Spéranski il a déposé toutes ses observations. Ce fut dans l'automne de 1811 qu'il quitta Paris d'où il avait envoyé à son gouvernement tous les faits qu'il avait pu recueillir et deviner. Là s'arrête le troisième volume publié par les soins de la famille de Nesselrode.
1870-1871.
M. d'Haussonville fut le confident de M. Thiers. Avec soin il note, au début de la guerre, ses visites à l'homme d'État et reproduit ses conversations. Après les premiers désastres, M. Thiers qui les avait prévus et qui, dès 1866, avant Sadovva, avait marqué les moyens de les conjurer, était devenu le centre de tout. Républicains, conservateurs, avaient les yeux sur lui et prenaient ses conseils. Cette situation unique apparaît vivement dans les souvenirs de M. d'Haussonville. La pensée politique qui guida M. Thiers, des préliminaires de paix signés, se dessine déjà dès le mois d'août 1870. Les princes d'Orléans, venant offrir leurs services et accourant à Paris, le gênent considérablement. Il les engage au départ. Sa voix prend même, dans la circonstance, un accent d'irritation fort marqué. Tout ce qui peut amener quelque division et déranger le terrain d'entente qui lui semble être la république, M. Thiers fait tout pour l'écarter. Peut-être même, à l'égard des princes, va-t-il plus loin et n'a-t-il pas à leur endroit beaucoup de sympathie. Au fond, le siège de M. Thiers est fait, son plan bien tracé. Tel il est ici, tel nous le verrons, de 1871 à 1873, luttant, à l'Assemblée nationale, contre la droite et contre tout projet de restauration monarchique. Bien différent se montre M. d'Haussonville: il est plein de déférence pour le futur président de la République; il voit M. Jules Favre, M. Jules Simon, le général Trochu lui-même, s'attache au gouvernement de la défense nationale, essaye de le conseiller, le soutient parce qu'il le regarde comme un préservatif contre la violence et contre l'anarchie, mais reste en même temps dévoué à ses princes et les voudrait acceptés dans l'armée, ce qui leur serait utile probablement pour leurs projets ultérieurs. M. d'Haussonville porte le képi de garde national, se rend aux remparts, assiste aux scènes du 31 octobre, passe par toutes les espérances, participe à l'âme commune et illusionnée de la foule. Avec son livre, qui s'arrête à la fin de janvier 1871, on fait avec sûreté la psychologie de Paris pendant le siège et, malgré les tristesses du sujet, on ne laisse pas que d'éprouver une vive satisfaction littéraire à la lecture de ces pages rapides, élégantes, aiguës par endroits et où s'affirme une belle conscience d'honnête homme, un peu hautain parfois, mais singulièrement impartial.
E. Ledrain
LES THÉÂTRES
Le Chérubin de M. Massenet, qui avait, paraît-il, soulevé des transports d'admiration à Monte-Carlo, a été accueilli avec plus de calme sur la scène de l'Opéra-Comique. L'éminent compositeur de Werther et du Jongleur de Notre-Dame, pour ne parler que de ses grands succès les plus récents, peut mettre au service d'une oeuvre légère, comme l'est la bluette de MM. F. de Croisset et H. Cain, tous les trésors de son imagination spirituelle et ardente, et l'éclat d'une facture brillante, variée à l'infini, il ne parvient pas à donner la sensation de la gaieté. Il est presque inutile de dire que l'interprétation est excellente. Mlle Carré chante avec infiniment de grâce; M. Fugère se montre, comme toujours, artiste accompli. Quant à Mlle Garden, chargée du rôle de Chérubin, elle est espiègle à souhait, et la gentillesse un peu exotique de sa prononciation n'est pas pour nuire à son succès.