DOCUMENTS PHOTOGRAPHIQUES SUR L'ATTENTAT DE LA RUE DE ROHAN.

Mouvement littéraire

La Princesse Charlotte de Rohan et le Duc d'Enghien, par Jacques de la Faye (Emile-Paul, 5 fr.).--Discours politiques, de M. A. Ribot (1 vol. Plon-Nourrit, 3 fr. 50).--La Question d'Egypte, par C. de Freycinet (Calmann-Lévy, 7 fr. 50).--Le Grand Duché de Berg, 1805-1813, par Charles Schmidt (Alcan, 10 fr.)

Charlotte de Rohan et le Duc d'Enghien.

Rien de plus doux et de plus poignant que ce roman princier. Les premières heures de la Révolution avaient effrayé, en même temps que le comte de Lille et le comte d'Artois, les trois générations de Condé, le prince de Condé, le duc de Bourbon et le duc d'Enghien. Ils quittèrent la France n'ayant d'autre désir que de libérer la famille royale. Le nombre des émigrés augmentant chaque jour, le prince de Condé, l'ancêtre, les réunit et fonda ce qu'on a nommé l'armée de Condé. Pauvre troupe, pleine d'illusions, à peine acceptée par l'Autriche, d'abord. Les Rohan étaient unis par des liens de parenté avec les Condé; le fameux cardinal, évêque de Strasbourg, compromis dans l'affaire du collier, possédait en dehors du territoire français la terre assez étendue d'Ettenheim. Là, le jeune duc d'Enghien, de petite taille, mais en pleine jeunesse, d'un visage charmant, revit Charlotte de Rohan, nièce de la belle Eminence. La jeune princesse avait de beaux yeux bleus, des cheveux blonds, une parole spirituelle, une voix adorablement timbrée. Elle fut aimée, elle aima. Sans doute, avec le duc d'Enghien, descendant de Henri IV, il ne fallait pas compter sur une fidélité stricte. On entendit quelquefois l'armée royaliste, conduite par le jeune héros, entonner ce couplet:

Nous partons conduits par d'Enghien.

Il aime l'amour et le vin!

Il aime bien aussi la gloire!...

Mal vus par l'Autriche, les condéens se rendirent en Russie, où le duc d'Enghien fit venir Charlotte de Rohan, dont le dévouement lui était nécessaire. De retour sur les frontières de France, il l'épousa secrètement, à Ettenheim, vers la fin de 1803. Mais combien peu de temps dura leur parfait bonheur! Excédé par les conspirations de Pichegru, de Moreau et par ses rapports de police, le Premier Consul fit enlever le duc d'Enghien sur le territoire badois. Avec le jeune descendant des Condé se trouvait, à Ettenheim, le marquis de Thumery, dont le nom, mal prononcé, fit croire à la présence de Dumouriez. Conduit d'abord à Strasbourg, puis à Vincennes, le duc d'Enghien fut jugé et exécuté la même nuit (21 mars 1804). Sans la précipitation de Savary et de Murat, peut-être le Premier Consul eût-il accordé la vie au jeune prince. Cette mort jeta dans la plus grande douleur Joséphine de Beauharnais. Fidèle à son mari, la princesse Charlotte de Rohan ne s'éteignit qu'en juillet 1850. Le volume de M. Jacques de la Faye nous raconte, dans tous ses détails, ce roman d'exil et met beaucoup de documents sous nos yeux. Peut-être serait-il plus parfait encore si les fleurs de rhétorique y étaient moins abondantes.

Discours politiques.