Alphonse XIII.
ALPHONSE XIII AU CAMP DE CHALONS.--Le jeune roi d'Espagne galopant en tête de son escorte.
Le numéro de L'Illustration du 3 juin, paru avec un retard de quelques heures--retard dont nous avions eu soin d'informer le public, en temps utile, par des annonces dans les principaux journaux--se trouve avoir été, en fait, en avance d'une semaine sur toutes les autres publications puisqu'il contenait des photographies et des dessins, non seulement de l'arrivée à Paris du roi Alphonse XIII, mais aussi des trois premières journées de son séjour. Une page était même consacrée à l'attentat qui suivit le gala de l'Opéra.
Aussi ce numéro a-t-il obtenu un succès considérable et les exemplaires non réservés à nos abonnés étaient-ils épuisés dès le lendemain de sa mise en vente. Nous l'avons remis sous presse pour en tirer quelques milliers de nouveaux exemplaires. Mais nos machines attendaient le numéro du 10 juin et nous n'avons pu continuer à répondre à toutes les demandes: nous nous en excusons auprès du public.
Le numéro de cette semaine, qui contient encore quatre pages supplémentaires, est consacré en partie aux dernières journées de la visite à Paris du roi d'Espagne et à son départ de Cherbourg. Mais aucune des autres actualités n'y est omise et l'on y trouvera notamment: d'intéressants documents inédits rapportés par la mission du docteur Charcot, qui vient de rentrer en France; une série de cartes résumant les phases de la terrible bataille navale de Tsou-Shima; des photographies des fêtes du mariage du kronprinz à Berlin, etc., etc.
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Au sujet de notre concours de jeu de Bridge, ouvert pour l'attribution à un de nos abonnés du tableau original d'Albert Guillaume reproduit dans notre précédent numéro, nous avons reçu un certain nombre de lettres. Toutes les communications relatives à ce concours doivent être adressées à notre collaborateur, M. Arnous de Rivière, qui donnera, à partir de la semaine prochaine, tous les éclaircissements et renseignements utiles dans sa rubrique la Science récréative, qu'on trouvera aux pages de garde de chaque numéro.
Courrier de Paris
Journal d'une étrangère
D'une des fenêtres de son magasin, situé avenue de l'Opéra, ma modiste a vu passer, il y a huit jours, Alphonse XIII. Et, depuis huit jours, elle est hantée par ce souvenir. Le roi d'Espagne lui a paru un jeune homme délicieux; elle l'avoue. Elle aime beaucoup l'uniforme bleu dont il était vêtu et la petite casquette blanche qui le coiffait; elle a trouvé une grâce infinie à cette longue figure imberbe, éclairée de beaux yeux noirs pleins de joie et si curieux de tous les spectacles; à cette bouche entr'ouverte--sur de fort jolies dents, il est vrai --et dont la lèvre inférieure s'avance en sorte de moue gentille qui accentue l'ingénuité du sourire et ce qu'il y a d'encore enfantin dans l'expression de ce visage d'adolescent. Elle raconte que, de sa fenêtre, elle a crié: Vive le roi! tant qu'elle a pu, et si fort qu'Alphonse XIII l'a regardée, lui a souri, a secoué vers elle, dans un geste de bonjour familier, sa main gantée de blanc. Ma modiste parle avec horreur de l'attentat de la rue de Rohan et son mari, qui assiste à notre entretien, l'approuve. Il est employé à la préfecture de la Seine, socialiste et secrétaire du comité des libres penseurs de son arrondissement. Il a vu, lui aussi, le souverain à l'Hôtel de Ville; il a crié: Vive le roi! et il s'en est fallu de rien qu'Alphonse XIII, vers qui plusieurs mains se tendaient à ce moment-là, ne serrât la sienne. Il conte ces choses avec ravissement. Ce «radical» bon garçon se sent, au fond, prodigieusement flatté qu'un roi de dix-neuf ans ait dit bonjour à sa femme et donné une poignée de main à des gens qui ne sont, comme lui, que «les premiers venus».
Nous ne réfléchissons pas assez que cette façon de sentir, qui est commune à la plupart des hommes, expose à de terribles dangers les pauvres rois et que cette vénération un peu puérile dont nous entourons leurs moindres gestes est l'excuse même de leurs illusions et de leurs erreurs. D'un enfant trop gâté nous faisons, le plus simplement du monde, un homme insupportable et nous nous étonnons qu'un apprenti-roi tire, logiquement, du spectacle de nos enthousiasmes et de l'admiration que chacun de ses actes semble nous inspirer, le sentiment qu'il est un homme très supérieur à nous et qu'il n'y a donc rien de plus légitime au monde et de plus nécessaire à notre félicité que la toute-puissance dont il est investi...