Muller. Théry.
Les vainqueurs: le conducteur,
Théry, et son mécanicien, Muller.
Et voilà les péripéties mêmes de la course: départ, arrêt pour le contrôle, côtes gravies à toute allure... Tels de nos opérateurs, obéissant à l'impulsion du devoir professionnel, s'étaient placés à proximité des virages dangereux; c'est ainsi que nous avons deux beaux instantanés du gagnant, Théry, virant en vitesse sur sa voiture Richard-Brasier: la première fois, seul; la seconde fois, au moment où il va dépasser un concurrent, le conducteur de la Touloubre, pilotant une voiture Darracq.
Deux accidents, relativement peu importants, ont seulement, comme on sait, marqué cette journée, fameuse dans les annales du sport automobile. Un des plus audacieux conducteurs, M. Henri Farman, ayant abordé un virage, dans la descente de Clermont, à pleine allure, se sentit violemment enlevé ainsi que son mécanicien, hors du cercle centrifuge et projeté dans un arbre bordant un ravin. La voiture, libre de toute direction, disparut. Elle fut retrouvée par un groupe de curieux--dont un de nos correspondants--enfouie sous les broussailles, au fond du précipice. M. Girardot s'était engagé à toute vitesse dans la descente de Sayat, lorsque le pneumatique d'une de ses roues avant se sépara, d'un seul coup, en deux cerceaux de caoutchouc, dont un bloqua la direction. La voiture quitta la route, heurta un arbre, fit panache. Par un hasard aussi extraordinairement heureux que celui dont M. Farman avait été favorisé, M. Girardot et son mécanicien en étaient quittes pour quelques contusions.
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La voiture Panhard-Levassor, de Henri Farman, précipitée
dans un ravin par un virage trop rapide, à la descente de
Clermont. --Phot. Bliès. | La voiture de Girardot, culbutée par suite d'un éclatement de pneumatique, dans la descente de Sayat.--Phot. comm. par M. L. Morel. |
Mouvement littéraire
Mémoires du comte Valentin Esterhazy, publiés par Ernest Daudet (Plon, 7 fr. 50).--Madame Atkyns et la Prison du temple, par Frédéric Barbey, avec préface de Victorien Sardou (Perrin, 5 fr.)--Psychologie de deux Messies positivistes: Saint-Simon et Auguste Comte, par Georges Dumas (Alcan, 5 fr.).
Mémoires.
Issu d'une famille hongroise, mais né en France, le comte Valentin Esterhazy servit brillamment dans un régiment de hussards et fit la guerre de Sept ans. Aux fiançailles de Marie-Antoinette, il fut chargé d'aller porter à Vienne le portrait du Dauphin. On l'aperçoit à Versailles, dans la familiarité de Louis XVI et de la reine. Mais quelle discrétion il montre sur le compte de la famille royale! Rien sur les amusements innocents de Trianon et du Hameau; il a connu le comte de Fersen, mais ne nous en donne même pas une légère esquisse. Peut-être aussi a-t-il considéré comme peu importants ces détails qui nous intéresseraient tant aujourd'hui. Royaliste fervent, le comte Valentin n'admet aucune diminution de la puissance royale, ni aucune des idées de l'Assemblée constituante qu'il appelle souvent la Convention. Mirabeau l'aîné est traité de scélérat avec lequel le roi et la reine n'eussent jamais dû communiquer, et Necker de charlatan qui remplace un ignorant, c'est-à-dire Loménie de Brienne. Nous avons à découvert, dans les Mémoires du comte Valentin, l'âme d'un royaliste ultra aux débuts de la Révolution française. Mais là où le comte Esterhazy est vraiment neuf, c'est quand il nous entretient de l'émigration et de son séjour à la cour de l'impératrice de Russie. Louis XVI, que, dans la circonstance, devait encourager Marie-Antoinette, semble fort se méfier de ses frères, le comte de Provence et le comte d'Artois. Il a auprès des différents gouvernements un agent à lui, le baron de Breteuil, lequel n'a d'autre souci que de faire connaître la volonté de son maître et de ruiner l'influence des frères du roi. Presque toujours le baron de Breteuil a des desseins opposés à ceux des chefs de l'émigration. Cela nous explique peut-être la défaveur dans laquelle tomba, auprès des puissances européennes, l'armée de Condé, et pourquoi on hésita, surtout en Autriche, à user de ses services. En lisant la fameuse déclaration du duc de Brunswick, l'impératrice répéta au comte Esterhazy: «Malheur au pays qui espère son salut des troupes étrangères!» Ces pages qui, peut-être, ne satisfont pas complètement notre curiosité, mais dont la publication semble avoir achevé de rendre M. Ernest Daudet digne du prix Gobert, s'arrêtent à l'année 1797.