Un panneau dans la salle des pastels.--Phot. Cossin.
Pastels appartenant à MM. le docteur Delbet, Peytel, Ferdinand Dreyfus, Boivin et à la Société des Galeries Georges Petit.

L'EXPOSITION ALBERT BESNARD

Le peintre Albert Besnard devant le portrait
de sa femme.

Par ce temps d'exhibitions multiples de peinture, Salons publics ou privés, l'exposition des oeuvres de M. Albert Besnard est un événement artistique. Rarement les belles galeries de M. G. Petit se sont trouvées à pareille fête; on voit, dès l'entrée, les panneaux s'éclairer de tons éclatants et joyeux, et l'oeil est enveloppé de caresses oubliées depuis que Rubens, Goya et Eug. Delacroix ont cessé de peindre. Il semble d'autre part que les maîtres charmants du pastel au dix-huitième siècle, les La Tour et les Perroneau, ces maîtres bien français qui furent savants avec grâce et donnèrent de l'esprit à la peinture, se soient donné rendez-vous rue de Sèze pour protester contre la vulgarité et le prosaïsme de leurs descendants. Le glorieux atavisme dont nous venons de signaler rapidement les étapes ne fait aucun tort à l'originalité de M. Besnard; il est bien le père de ses oeuvres; personne n'a peint comme lui, et la modernité de son sentiment éclate à tous les yeux.

Pour qui a suivi l'évolution de l'art contemporain, cette exposition d'oeuvres, la plupart connues, est cependant une révélation. En voyant côte à côte cette réunion magnifique d'images de tous genres, portraits, peintures décoratives, paysages, scènes de genre, eaux-fortes et sujets d'illustration, on demeure surpris de la diversité du talent de M. Besnard, non moins que de sa puissance. Et l'on pense que l'École des beaux-arts qui l'a produit, un peu malgré elle--telle la poule qui aurait couvé un paon--doit être fière de son oeuvre.

La famille de l'artiste (tableau d'Albert Besnard). A vrai dire, les lauriers de Rome n'ont jamais empêché l'éclosion d'un tempérament de peintre. M. Besnard a prouvé que l'on pouvait triompher au sortir de l'École, avec une Mort de Timophane, composée suivant la formule enseignée, et se livrer ensuite aux impulsions d'une âme d'artiste. Cet honorable pensum n'a pas été d'ailleurs sans le servir, puisqu'il lui a inculqué pour jamais le respect de la forme, du dessin, cette probité de l'art, comme a dit Ingres, qui fut un grand honnête homme en peinture.

L'exposition actuelle ne comprend pas tout l'oeuvre de M. A. Besnard; on n'a pu, naturellement, y faire entrer les grandes fresques décoratives qui sont l'ornement de l'Hôtel de Ville, de la Sorbonne et de l'École de pharmacie; elle n'en est pas moins d'une extraordinaire richesse: 138 peintures, 60 pastels, autant d'aquarelles, figurent au catalogue. Avec les dessins et les eaux-fortes, nous arrivons au chiffre de 401 ouvrages exposés. Les visiteurs de l'exposition, ouverte jusqu'au 9 juillet, sont donc particulièrement favorisés; ils ont à la fois le nombre et la qualité; les oeuvres du début et les oeuvres les plus récentes: telle cette admirable toile décorative: Lacustre, qui appartient à M. Georges Petit, peinture éblouissante de fraîcheur et d'étendue que Whisthler eût volontiers dénommée: symphonie en bleu.

Nous donnons avec le portrait du maître dans sa vigoureuse maturité--il a aujourd'hui cinquante-six ans--celui de sa famille: c'est une toile justement célèbre de son oeuvre; nous y joignons un panneau de ses délicieux pastels de femmes aux attitudes variées à l'infini, aux carnations si belles.
A. de L.