Nous avons à franchir une paroi scabreuse, rayée d'un couloir à peine indiqué, où les pierres tiennent mal. Le fusil est horriblement gênant, le sac tire d'une manière terrible, les hommes ont toutes les peines du monde à grimper, mais ils sont pleins d'entrain et les officiers pleins de sollicitude; le capitaine, Arbey et le lieutenant Fine (6e compagnie), se sont arrêtés aux deux plus mauvais pas de cette escalade, et, sans se lasser, prennent les fusils que chacun leur tend, à tour de rôle. A mi-hauteur, après un petit replat, la roche surplombe, et nous nous trouvons avec surprise à l'entrée d'une grande caverne noire, dont le sol accidenté est encore capitonné de neige.

Le noyau plutonique des Alpes est ceinturé par un épais anneau de roches sédimentaires, constitué en majeure partie de calcaire compact, mais feuilleté et fissuré. Tel est le Margérias. L'eau de pluie, et plus encore l'eau de neige, plus riche en acide carbonique, corrode le calcaire et y pratique à la longue d'incroyables refouillements.

Notre caverne n'est que l'orifice inférieur du «Trou de l'Agneau», boyau tortueux, coupé de brusques ressauts et qui finit par déboucher juste au sommet. La gymnastique heurtée à laquelle il faut nous livrer dans le sein de la roche, à la lumière tremblante de quelques lanternes, est curieuse et inoubliable.

Enfin, voici le jour. A 8 h. 25 nous émergeons en plein soleil, au haut de la montagne, à 1.850 mètres. Le passage est forcé avec un plein succès. La musique nous joue ses airs les plus réconfortants pour nous remettre de nos violents efforts.

Le retour (départ à 11 heures) eût été fort agréable sans un soleil torride et les lourdes charges qui nous appesantissaient! Mais chacun était fier du bel exploit accompli et c'est avec bonne humeur que nous nous préparons à enlever l'étape qui nous sépare encore de la grande halte.

La crête de la montagne est suivie vers le sud pendant 4 à 5 kilomètres, au bout desquels le col d'Averne (1.518 m., 11 h. 40), permet de redescendre dans la vallée de la Leisse. Un pierrier éprouvant et un versant rapide nous amènent enfin, à 1 heure, à Pougène: il y a onze heures que nous n'avons rien mangé et nous avons fait preuve d'une belle endurance.

Tout à fait gaillards, nous nous levons deux heures plus tard pour rentrer à Joppet, en excellente forme, à 5 h. 30.
Edouard Monod-Herzen.

[(Agrandissement)]
Le roi Frédéric-Auguste.
LE 12e RÉGIMENT D'ARTILLERIE SAXON DÉFILE AU PAS DE PARADE DEVANT
LE ROI DE SAXE, SUR L'ESPLANADE DE METZ, LE 23 JUIN

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UNE NOUVELLE SALLE AU MUSÉE DU LOUVRE