L'hygiène, si fort en honneur dans nos sociétés civilisées, serait-elle à la veille de subir une réaction, inséparable de tous les engouements, et, après le dix-neuvième siècle, qui a proclamé la toute-puissance sociale de l'hygiène, le vingtième siècle va-t-il décréter que celle-ci ne sert qu'à conserver les faibles et à peupler la terre de malingres, au détriment des forts dont ils prennent les places? Il ne semblait pas qu'un tel revirement fût à la veille de se produire.

Or, en Prusse, la Chambre des députés vient d'adopter un projet de loi portant création d'un office spécial dénommé: Office pour le bien public.

Ce titre ne dit pas grand'chose; mais le ministre de l'intérieur a déclaré, à ce sujet, qu'il s'agit de ne plus s'occuper seulement d'assister les malades, les faibles, les indigents, mais bien de ne pas négliger les personnes en bonne santé. «L'avenir de notre pays, a-t-il dit, consiste à créer une population forte au point de vue physique, apte à endurer les rigueurs de la nature, capable de fournir un travail effectif, et non point un peuple amolli et affaibli par l'application des mesures d'hygiène.»

Il n'y a pas à s'y tromper: c'est bien la première bombe envoyée dans le camp des hygiénistes. C'est bien la proclamation du retour à l'éducation Spartiate, c'est-à-dire aux méthodes d'endurcissement qui tuent les faibles et ne laissent subsister que les forts. Dans cette voie on peut aller très loin, mais dans un sens tout opposé à celui où se sont engagées les sciences médicales modernes.

Encore le traitement du mal de mer.

Ayant signalé à nos lecteurs la méthode que conseille le docteur M.-A. Legrand pour le traitement du mal de mer, nous croyons qu'il sera intéressant pour eux de savoir quels résultats a donnés cette méthode dans des essais tout récents. Ces essais ont été faits à bord d'un cuirassé et d'un aviso-école, par grosse mer, sur douze marins sujets au mal de mer, dont deux étaient malades même par beau temps. Ces douze marins ont subi l'immobilisation préventive de tout le ventre, depuis le pli des cuisses jusqu'au-dessous des mamelons, à l'aide d'une bande de forte toile de 5 mètres de long sur 25 centimètres de large. Or, dans tous les cas, sauf un seul, le résultat a été fort bon. Voici du reste les observations faites:

1. Matelot.--A eu seulement quelques malaises au début, mais a été immobilisé tardivement.

2. Matelot.--N'a absolument rien ressenti.

3. Matelot.--Léger état de faiblesse. Sujet très nerveux. N'a rien ressenti.

4. Officier.--Se protège toujours de cette façon au moyen d'une très large ceinture et s'en trouve toujours très bien.