Tous ont eu la grande amabilité, au sortir de cette audience, de vouloir bien poser spécialement pour L'Illustration. Cette photographie aura du moins pour résultat de montrer combien est grande l'illusion des gens qui s'imaginent le parti réformateur, en Russie, dirigé par des démagogues à tous crins, des agitateurs sans feu ni lieu.
Cette audience de Péterhof marque, évidemment, une date importante dans l'histoire de la Russie. Et ce n'est pas sans beaucoup de tergiversations que le tsar, tiraillé entre son bon vouloir et les intrigues du parti hostile à toutes réformes, se décida à l'accorder.
Même, un homme, parmi ces hommes rangés qui composaient la députation des zemstvos, excita dans l'entourage impérial quelque défiance. Quand les délégués du congrès de Moscou et de la ville de Saint-Pétersbourg, amenés dans les voitures de la cour à la «ferme» Alexandria, tout enguirlandée de verdure et de fleurs, furent dans le salon où on les avait introduits en attendant qu'ils pussent être reçus, le ministre de la cour, baron Fredericksz vint leur déclarer que, quelle que fût la bienveillance de son maître, il lui était toutefois difficile de recevoir M. Petrounkevitch, qui passait pour avoir des relations révolutionnaires. M. Petrounkevitch, pourtant, fut reçu avec ses amis et collègues.
On avait beaucoup discuté, par avance, sur les conditions dans lesquelles Nicolas II consentirait à recevoir les délégués. «A titre privé» disait leur lettre d'audience et dit aussi le compte rendu officiel de l'audience. En réalité, envers et contre toutes les définitions protocolaires, c'est bien une députation de son peuple qu'a reçue l'empereur, et c'est ce qui donne à cette audience toute son importance.
A peine avait-on introduit les délégués dans la salle où allait avoir lieu cette décisive entrevue que Nicolas II parut. Il ne dit pas un mot et attendit que le porte-parole des délégués parlât. Le comte Troubetzkoï alors lut l'adresse, assez rude dans ses termes, qu'avaient rédigée les mandataires des zemstvos. M. Fedorof lui succéda, parlant au nom de la ville de Saint-Pétersbourg.
Puis l'empereur répondit, et l'essence de sa réponse tenait dans ces deux phrases:
«Dissipez vos doutes; ma volonté est volonté souveraine et inébranlable, et l'admission des élus aux travaux de l'État sera régulièrement accomplie; je veille chaque jour et me consacre à cette oeuvre. Vous pouvez annoncer cela à tous vos proches, aussi bien à ceux habitant la campagne qu'à ceux des villes.»
Et, conformément à ce désir du tsar, le lendemain, les représentants de la ville de Saint-Pétersbourg, devant le conseil municipal assemblé à la douma, à l'hôtel de ville, rendaient compte de l'audience de Péterhof.
M. Nikitine en retraçait tous les détails. Puis, aux applaudissements unanimes de l'assemblée, résumait les impressions des trois délégués de la municipalité et disait leurs espérances,--les espérances du peuple russe:
«Soyons confiants, a-t-il dit, dans les promesses du tsar. L'assemblée sera convoquée de façon normale. Il n'y aura pas de déshérités. Le tsar veille. Le tsar nous protégera contre les attentats à la liberté de conscience, de la presse, de la parole, des personnes et du domicile.