Le général Rotiger, qui remplace le général Sakharof au
ministère de la guerre en Russie. Phot. C.-O. Bulla.
L'île de Sakhaline est, comme on le sait, une étroite langue de terre qu'un détroit de 33 kilomètres à peine, le détroit de la Pérouse, sépare de l'île nippone de Yéso. La convention d'Aïgoun (1858), ratifiée en 1860 par le traité de Péking, avait donné la presque totalité de l'île à la Russie. En 1876, la partie sud de Sakhaline avait été cédée par le Japon à la Russie en échange des îles Kouriles. Mais le Japon avait considéré qu'il avait fait là un marché de dupes. Les pêcheries de Sakhaline présentent pour les Japonais, qui se nourrissent en partie du produit de leur pêche, une grande importance économique. Aussi, maintenant que le contrat de 1876 est déchiré par la fortune des armes, il semble bien improbable que la Russie puisse jamais en faire rétablir les clauses.
A SAKHALINE.--Un appontement à Korsakofsk.
LES GRÉVISTES ET LE PROCUREUR
Marennes est une petite ville très paisible en temps ordinaire. On y cultive l'ostréiculture avec succès et les autorité y sont respectées tout aussi bien que dans les autres villes. Mais voici que, ces jours derniers, une grève survint, et ce fut la guerre allumée. Un certain nombre d'ouvriers de l'usine des produits chimiques de Saint-Gobain ayant réclamé vainement une augmentation de salaires, avaient cessé le travail. D'autres ouvriers furent engagés pour prendre la place des chômeurs, ce que voyant, les rouges vinrent mettre le siège devant les portes de l'usine. Cela se passait le 5 juillet au matin. Les grévistes, armés de gourdins, étaient rangés devant les grilles de l'établissement et s'opposaient au passage des jaunes. Selon l'usage, on alla prévenir le procureur de la République. Et ce magistrat, fidèle à son devoir et soucieux de sa responsabilité, courut se jeter entre ces frères ennemis et supplia les grévistes de ne plus assiéger l'usine. Ceux-ci trouvèrent plaisant d'arrêter le procureur et de le conserver comme otage. Ils poussèrent le malheureux magistrat contre la grille, l'enveloppèrent dans un cercle qu'il ne songea pas à franchir et, comme il faut bien se distraire un peu pendant les heures de chômage, l'obligèrent à saluer le drapeau rouge. On devine l'émoi que provoqua cet événement quand il fut connu dans Marennes. Les autorités, un peu désemparées par ce fâcheux précédent et redoutant la contagion de l'exemple, n'hésitèrent pas, pour faire délivrer ce prisonnier de marque, à passer sous les fourches caudines des grévistes. Le maire et le président du tribunal civil allèrent, en personne, prier le directeur de l'usine de faire cesser le travail... jusqu'au lendemain. Le lendemain, il y avait enfin des gendarmes devant l'usine.
LA GRÈVE DE MARENNES.--Devant l'usine de produits chimiques de la Compagnie de
Saint-Gobain: les gendarmes protègent les travailleurs contre les grévistes.
C'est devant cette porte que les grévistes ont retenu prisonnier, pendant plusieurs heures, le procureur de la République.