[Note 1: Calmann-Lévy, 8 fr. 50.

[Note 2: Fasquelle, 3 fr. 50.

Un roman politique de M. René Bazin, un roman physiologique de M. Michel Corday: voilà deux livres fort divers qui, cependant, vont fraterniser dans cet article comme ils fraternisent depuis deux jours sur ma table. Toutefois, malgré leurs intentions presque contradictoires, les ouvres romanesques, en apparence les plus opposées, ne manquent pas de ressemblance. Si elles sont écrites par des hommes de talent, on doit y rencontrer de la poésie, une action harmonieuse, des faits naissant les uns des autres, des caractères bien marqués. Aussi, en passant des pages de M. Bazin à celles de M. Corday, n'éprouve-t-on pas une secousse trop vive, ne fait-on pas un saut trop violent?

Qu'a voulu dire M. René Bazin? Professeur--si je ne me trompe, il l'a du moins été--à l'Institut catholique d'Angers, partageant les opinions religieuses de sa bonne contrée de Maine-et-Loire, l'auteur des Oberlé a particulièrement souffert de la loi contre les congrégations et de la fermeture des écoles de soeurs. Il a, dans l'Isolée, rendu toute sa pensée et toute son indignation. Cinq religieuses de Sainte-Hildegarde enseignent ans un quartier de Lyon. M. René Bazin se sent attiré vers la ville mystique de Notre-Dame de Fourvières et de l'Immaculée Conception. A leur grand chagrin, les pieuses filles que la maison mère, chargée de bouches nouvelles, ne peut recueillir, sont obligées, en quittant leur école de par la loi, de se faire séculariser. Où iront-elles porter leurs pas, leur douleur, leur inexpérience de la vie? L'une rentre à la ferme maternelle, une autre trouve une place dans une maison d'enseignement. La supérieure, soeur Justine, femme énergique et bonne, toujours préoccupée de ses pauvres compagnes, est installée, dans une famille, auprès d'un jeune phtisique qui bientôt ne peut plus se passer de ses soins. Mais que deviendra soeur Pascale, la plus jeune, la plus jolie, la plus angélique? Il y a de la beauté sous ses cheveux blonds qui vont repousser. Fille d'un canut lyonnais, elle a sucé tout le lait mystique et tendre de la race. Ne sera-t-elle pas exposée à bien des périls? Elle se retire à Nîmes, chez des parents: une veuve Prayou et son fils Jules. Rien de plus dramatique, à partir de ce moment, que l'oeuvre de M. René Bazin; l'écrivain a montré qu'il était capable de peintures fortes, qu'à sa douceur ordinaire il pouvait joindre la plus étonnante vigueur. Qu'il me permette cependant de lui dire mon avis. J'estime qu'il est allé trop loin. Quoi! cette enfant ravissante, sortie du couvent, devient la maîtresse--forcée il est vrai--de son cousin! Pour complaire à son suborneur, elle attire le soir les passants! Et, comme elle veut fuir cet enfer et répondre à l'appel de la soeur Justine, le personnage immonde la tue d'un coup de couteau entre les deux épaules. Sans doute M. René Bazin a voulu, dans toute leur horreur, marquer les effets possibles de la loi. Mais que nous apercevions soeur Pascale, aux ailes d'ange, dans un pareil milieu et dans une aussi monstrueuse déchéance, est-ce que cela ne blesse pas toutes nos délicatesses? Cependant, c'est seulement une opinion personnelle que j'indique. Les pages de M. Bazin se lisent avec passion et nous présentent une tête admirable de stoïcisme chrétien et de solidarité religieuse: celle de soeur Justine.

Si M. Bazin a exprimé sa pensée et un peu présenté une thèse contre les expulsions, c'est une thèse pareillement --non plus politique, mais physiologique--que soutient M. Michel Corday. Comment se font les mariages? Un beau jour, un jeune homme, possesseur d'une belle fortune, est présenté, par un hasard que créent des amis communs, à une jeune fille dont le physique et l'éducation lui plaisent. On les rapproche, ils font en Suisse ou en Italie l'éternel voyage. Cela s'appelle une union assortie. L'enquête n'a porté que sur la richesse des deux époux et sur des choses tout à fait superficielles. N'aurait-il pas fallu, avant tout, se livrer à des recherches sur les ascendants, demander s'ils avaient eu des tares, s'ils avaient été alcooliques, ou fous, ou même demi-fous? Quand on fiança Céline Desgranges à Raoul Cintrat, les parents de la jeune fille ne considérèrent que la situation financière du fiancé, que ses terres, son beau jardin, sa maison luxueuse et sa bonne mine. Bientôt tout se brouilla dans le ménage. Autoritaire, jaloux, déraisonnable en tout, avec des violences dont les accès le portaient à frapper sa femme, avec des moeurs effroyables, Raoul rendait la vie commune impossible. Était-ce sa faute? Son hérédité l'avait amené là. Son père était mort depuis longtemps, brûlé par l'alcool; sa mère, maniaque, ne savait pas soumettre sa vie à la raison. Hélas! pourquoi les Desgranges n'avaient-ils pas porté de ce côté leurs investigations? Et quels enfants échurent, avec d'immenses douleurs, à leur fille! L'aîné, dans un accès de satyriasisme, se rendit coupable d'un de ces actes qui entraînent la cour d'assises et le déshonneur. Berthe, mariée à un officier, tomba dans une puérile dévotion. Un autre fils, René, exaspéré par la misère dans laquelle le tenait son père et par tout ce qui lui fut révélé des tortures de sa mère, fut en proie à l'obsession irrésistible du meurtre. D'un coup de fusil, il envoya dans la mort Raoul Cintrat. Voilà à quoi s'exposent ceux qui se marient ou qui marient les leurs sans avoir préalablement fait d'enquête médicale sur l'hérédité.

D une phrase lumineuse, brève, tranchante et serrée comme l'acier, M. Michel Corday a développé son récit et sa thèse--son récit qui a pour objet, comme celui de M. Bazin, de prêcher, avec plus d'agrément qu'une dissertation, une idée morale et sociale. Comme M. Bazin --je soupçonne entre eux, malgré la différence de tempérament, quelques ressemblances--M. Corday a poussé les choses à l'extrême; il est allé jusqu'au bout de sa logique, jusqu'à la dernière possibilité. Pascale est tombée là où l'on sait: voilà l'aboutissement de la loi. René tue son père: voilà où conduit le peu de souci de se préoccuper de l'atavisme avant les mariages.
E. Ledrain.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

L'accident du dirigeable «Lebaudy».

L'enveloppe du dirigeable Lebaudy, éventrée
par la tempête au camp de Châlons, le 6 juillet.