Le rire d'un groupe de passagers qui échappent à l'émotion générale nous irrite jusqu'à la crispation. On voudrait un silence absolu. Seule la petite musique que fait l'eau refoulée doucement par l'étrave ne détonne pas ici.
Nous sommes à l'extrême-avant. De là, en nous retournant, nous voyons se projeter sur les glaciers voisins la cheminée et les mâts de notre bateau, qui deviennent gigantesques et fantastiques, dans la solitude, dans la désolation du paysage. Grosse surprise: lorsque nous détournons nos yeux éblouis, toutes les colorations sont changées, et le pavillon rouge de notre grand mât est vert. L'irritation de notre rétine nous fait voir partout non les couleurs réelles, mais leurs complémentaires. C'est une fantasmagorie.
Les sentiments religieux évoqués sont ceux du paganisme. Nous venons certes de faire une sorte de pèlerinage à l'astre qui entretient la vie sur notre planète, nous sommes venus de très loin pour saluer la perpétuité, la continuité visible du soleil. Il y a eu comme une adoration dans notre attente silencieuse et recueillie. A voir ce soleil qui ne meurt pas et la joie naïve que nous avons éprouvée devant sa pérennité évidente, les profanes pensent au cri de la Pâque russe: «Christ est ressuscité», et aux baisers qu'échangent les fidèles. Nous les avons remplacés par un toast au soleil--libations aux dieux--parce que certains voulaient choisir leurs voisines.
(A suivre.)Brieux.
LES FÊTES DE L'INDÉPENDANCE BELGE
LE GRAND CORTÈGE HISTORIQUE DE BRUXELLES
Dans le programme de ces fêtes, il faut citer, comme une des parties les plus réussies, le grand cortège historique organisé à Bruxelles.
Pendant trois après-midi, les 22 juillet, 6 et 15 août, il aura parcouru les rues de la ville, suivant chaque fois un itinéraire différent. Au point de vue de la reconstitution pittoresque du passé, sa sortie de dimanche dernier offrait un attrait particulier, en raison de l'itinéraire de ce jour, comprenant la fameuse Grand'Place, d'un caractère si original, avec son superbe hôtel de ville et le décor si complet de ses vieilles architectures. Nul autre cadre, en effet, ne pouvait mieux s'adapter au groupe du cortège correspondant à la «période bourguignonne» de l'histoire des Flandres, puisque celui-ci
LE PLUS HAUT ASCENSEUR DU MONDE.
--Au sommet de la Hammetschwand,
sur le lac des Quatre-Cantons.
--Phot. Goet représentait, abrités sorts le dais ducal et accompagnés d'une brillante escorte, Philippe le Bon et son fils, le comte de Charolais, se rendant au tournoi qui eut lieu sur cette même Grand'Place, le 20 février 1452, et où le futur Charles le Téméraire reçut le baptême des armes. Personnages et milieu s'harmonisaient donc à merveille, et les spectateurs, fortement illusionnés, auraient pu se croire transportés en plein quinzième siècle, sans l'anachronisme discordant de leurs costumes modernes.