Ils sont creux, vos radis.
CRAINQUEBILLE.
Aujourd'hui, vous me cherchez des mauvaises raisons. Vous êtes mal réveillée.
MADAME LAURE.
Ils n'ont pas de goût. C'est comme si on mangeait de l'eau.
CRAINQUEBILLE.
Je vais vous dire: vous avez plus de palais, vous sentez plus ce que vous mangez. C'est la vie de Paris qui le veut. On se brûle l'estomac. Qu'est-ce que vous deviendriez les unes et les autres si le père Crainquebille vous apportait pas de légumes fraîches et rafraîchissantes. Vous seriez en feu.
MADAME LAURE.
C'est pas ce que je mange qui me fait mal. Je ne peux plus manger que de la salade et des radis. C'est vrai, tout de même, qu'on se brûle à Paris, (Rêveuse.) Tenez, père Crainquebille, je voudrais être au jour où je me passerai de vos choux et de vos carottes, où j'en ferai pousser moi-même, à même la terre dans un petit jardin à quatre-vingts lieues de Paris, chez nous. On serait si tranquille à la campagne à élever ses poules et ses cochons.
CRAINQUEBILLE.