Vous avez entendu la question?

LE DOCTEUR MATHIEU.

Je me trouvais dans la foule, assemblée autour de l'agent, qui sommait le marchand de circuler. L'encombrement était tel qu'il était impossible de bouger. Aussi fus-je témoin de la scène qui eut lieu alors. Et je puis affirmer que je n'en perdis pas un mot. J'ai parfaitement remarqué que l'agent s'était mépris: il n'avait pas été insulté! Le marchand n'avait pas poussé le cri que l'agent avait cru entendre. Mon observation fut corroborée par celle des personnes qui m'entouraient et qui furent unanimes à constater l'erreur. Je m'approchai de l'agent et l'avertis de sa méprise, je lui fis observer que cet homme ne l'avait nullement injurié, qu'il avait tenu, au contraire, un langage très réservé. L'agent maintint le marchand en état d'arrestation et m'invita un peu rudement à le suivie au commissariat. Ce que je fis. Je réitérai ma déclaration devant le commissaire.

LE PRÉSIDENT, glacial.

C'est bien. Vous pouvez vous asseoir... Matra!...

(Matra, après avoir déposé son ceinturon, objet de sa sollicitude, vient à la barre.) Matra, quand vous avez procédé à l'arrestation de l'inculpé, monsieur le docteur Mathieu ne vous a-t-il pas fait observer que vous vous mépreniez? (silence de Matra.) Vous venez d'entendre la déposition de monsieur Mathieu. Je vous demande si, quand vous avez procédé à l'arrestation de Crainquebille, monsieur Mathieu ne vous a pas fait entendre qu'il croyait que vous vous étiez mépris.

MATRA.

Mépris? mépris?... C'est-à-dire, monsieur le président, qu'il m'a insulté.

LE PRÉSIDENT.

Que vous a-t-il dit?