LE MONT-BLANC
Nous reproduisons en supplément une belle photographie du Mont-Blanc vu du Brévent. Cette reproduction est teintée: on s'est efforcé de rendre aussi exactement que possible la gamme de nuances qui glisse sur cette masse de neige et de glace au coucher du soleil. Le Mont-Blanc est par excellence la Montagne. Nous avons inscrit cette légende sous notre gravure, à laquelle nous donnerons, dans un prochain numéro, un pendant: la Mer.
Nous avons pensé, d'autre part, être agréables à nos lecteurs en leur fournissant quelques renseignements pratiques sur l'ascension du Mont-Blanc. Bien peu y grimperont sans doute, mais tous sauront ainsi comment ils pourraient y grimper.
Le croquis schématique ci-dessous, qui reproduit exactement notre grande photographie, fait ressortir tous les détails de l'itinéraire. Voyons ce que cette ascension représente comme danger, comme fatigue, comme dépense et comme intérêt:
Difficultés de l'ascension.--Il est reconnu que l'ascension du Mont-Blanc ne présente aucune difficulté. On peut gagner à mulet le chalet de Pierre-Pointue; un sentier ordinaire mène de ce point à la Pierre-à-l'Échelle où l'on aborde le glacier des Bossons. Cette traversée du glacier, jusqu'à la cabane des Grands-Mulets, représente la partie la plus accidentée du voyage. Pour les personnes ignorant ce terrain spécial, on ne saurait mieux comparer l'aspect d'un glacier qu'à celui d'une terre labourée, aux sillons inégaux, dont les creux, larges de 20 centimètres à 2 mètres, avec une profondeur atteignant parfois une trentaine de mètres, sont séparés et coupés tantôt par des paliers, tantôt par des reliefs de largeur et de hauteur très variables. On enjambe les petites crevasses, on contourne les autres et l'on escalade les bosses. Cette gymnastique réclame de l'attention et de la prudence, mais n'exige aucune disposition spéciale pour l'acrobatie.
A peine après avoir dépassé la cabane des Grands-Mulets, on quitte le glacier, et, jusqu'au sommet, on gravit des champs de neige. La pente est souvent raide, mais on ne l'aborde presque jamais de flanc et il n'existe point de passage vertigineux. La fameuse arête des Bosses, qui présente une inclinaison d'environ 40 degrés, n'a rien d'effrayant et, à moins d'y être contraint par la violence du vent, personne ne songe à l'éviter en prenant l'itinéraire du Corridor, qui exige environ une heure de plus.
Le tableau suivant résume toutes les données de l'ascension:
M. Janssen, membre de l'Institut, qui est impotent, a gravi deux fois le Mont-Blanc... en chaise à porteurs. Avant lui, en 1881, je crois, l'ascension a été faite par un aveugle accompagné de sa fille.