PREMIÈRE SORTIE DU "SANTOS-DUMONT N° 14", A TROUVILLE
Certainement, parmi tous les vaillants de la navigation aérienne, M. Santos-Dumont demeure l'enfant gâté du public. Ses sorties, aussi fantaisistes qu'audacieuses, dans des dirigeables sans cesse perfectionnés, provoquent chaque fois un enthousiasme nouveau. Mardi dernier, il lui a pris fantaisie d'évoluer au-dessus de la mer et de la plage de Trouville, avec le vent et contre le vent, pour inaugurer le Santos-Dumont n° 14. Le nouveau dirigeable diffère des précédents par quelques simplifications intéressantes. Ainsi, l'hélice a été déplacée de l'arrière à l'avant. De cette façon, on a pu supprimer l'arbre de commande de l'hélice, qui est fixée tout à côté de la nacelle et contre le moteur. Il en résulte qu'au lieu d'être poussé par l'hélice le dirigeable est tiré par elle, ce qui donne, comme on en eut la preuve, d'excellents résultats.
UN CENTENAIRE A VERJUX (SAONE-ET-LOIRE), VILLAGE NATAL DE Mme BOUCICAUT
M. Farion, le centenaire de Verjux, et sa femme.
Partout en France, sauf à Verjux--près de Chalon-sur-Saône--la moyenne de la mortalité humaine est trente-trois ans, dit-on. A Verjux, par exception, et pendant les trois dernières années, cette moyenne s'est élevée à soixante-quatre, soixante-cinq et soixante-six ans. Pour peu que la progression continue, tout le monde, dans ce pays-là, deviendra centenaire comme M. Augustin Farion.
M. Farion est né à Verjux le 17 août 1805. Il a vu et entendu beaucoup de choses, pendant un siècle, sans quitter son lopin de terre. Il a connu et vénéré Mme Boucicaut, la bienfaitrice du pays. Il a élevé trois enfants qui sont maintenant des vieillards.
Actuellement, le centenaire de Verjux a toujours bon pied, bon oeil, ou presque. Il possède encore sa femme, l'heureux homme! Ah! dame, ce n'est pas une jeunesse, la femme du père Farion. Elle va bien sur ses quatre-vingt-onze ans puisqu'elle est née le 7 mars 1815. Mais cela n'empêche pas le ménage d'être très uni, au contraire. Et l'on a pu se convaincre, la semaine dernière, tandis que l'on célébrait leurs noces de platine--organisées par le châtelain de Gergy, M. Louis Morin--que les deux bons vieux s'aimaient encore et se taquinaient comme à vingt ans. Ah! ces noces! Imaginez-vous une escorte d'honneur d'octogénaires, un garçon d'honneur de quatre-vingt-six ans et une fille d'honneur de quatre-vingt-sept, échangeant des galanteries chevrotantes, un banquet et un bal de vieux, tout cela formant un très attendrissant tableau. Ajoutons que l'on accède à Verjux par un pont que fit construire Mme Boucicaut. Sur l'une des places du village, un monument commémore la vie charitable de la noble femme dont la maison natale--une simple chaumière--est située à Monts, à un kilomètre de Verjux.