Le sucre est désormais prêt à être mis en pain.
La chose se fait dans un local appelé empli, chauffé à un point assez élevé encore et voisin de 30 degrés.
Des réchauffoirs, la masse est amenée par des manches de fonte jusqu'au-dessus de chariots portant les formes coniques de métal où le pain va se mouler. Des leviers, manoeuvres de l'extérieur par des ouvriers demi-nus--la chaleur qui règne dans l'atelier nécessite ce costume sommaire--règlent l'écoulement du sucre. En quelques minutes, les vingt-quatre formes d'un chariot sont remplies et le tout est conduit dans des étuves où les pains vont demeurer plusieurs jours. Chaque forme porte à sa pointe, au bas, un trou, qu'on a soigneusement bouché avant le remplissage. Quand on estime le bloc bien pris, le bouchon est ôté et ce qui demeure de sirop au sein de la masse compacte s'écoule peu à peu. On active encore cette évacuation, en même temps qu'on parachève le nettoyage du sucre, en disposant, à la partie supérieure des formes, une bouillie épaisse d'eau et d'argile. L'eau, en s'écoulant, dissout et entraîne le sirop impur. On procède encore par clairçage en faisant traverser la masse par du sirop très pur ou clairce, qui remplit le même office que l'eau. Il reste à nettoyer la base du pain et à le démouler.
Au port de la Villette: l'embarquement du sucre en péniches.
A LA RAFFINERIE SAY.
--L'«empli», atelier où le sucre est versé dans les moules où il prend la forme de pains.
Pour les sucres destinés à être sciés, la forme conique des pains présentait le double inconvénient de compliquer l'opération du sciage et de laisser beaucoup de déchets. On y a remédié en fabriquant des pains prismatiques, qui sont produits dans des moules en forme de couronnes cylindriques, divisés en secteurs dont chacun donne une barre de sucre plate, facile à débiter sans pertes.
Des treuils puissants montent ces tablettes, à pleins chariots, à l'étage supérieur, où se trouve l'atelier de sciage: là des machines ingénieuses, conduites par des femmes, les découpent en petits «cailloux» tout prêts pour la table.
C'est de là que le sucre part pour être enfin mis en boîtes, puis en caisses, et emporté par de puissants camions automobiles vers les gares, vers le canal où l'attendent des péniches, vers la Seine où l'on en charge des steamers entiers.