A TOKIO.--La foule devant les bureaux du journal Tchou-wo-Shimboun (Journal du Centre).
Le comte Katsura, chef du cabinet japonais.
Le peuple japonais n'a point partagé l'enthousiasme facile des autres peuples pour le rétablissement de la paix. Dès que le texte du traité de Portsmouth fut connu à Tokio, la presse nippone, à l'exception du Kokumin, le journal semi-officiel, publia des articles violents contre le gouvernement. Des partisans et des amis du comte Katsura, premier ministre, rompirent même toutes relations avec le cabinet. Enfin, cette indignation générale se traduisit, dans le peuple, par l'insurrection du 5 septembre dernier. Au Japon, les insurrections sont plutôt rares. Aussi la police, prise un peu au dépourvu, ne sut pas empêcher des milliers de manifestants d'entourer l'hôtel du ministre de l'Intérieur et les bureaux du Kokumin. Mais, grâce à l'intervention de la troupe, la personne du premier ministre et celles des rédacteurs du Kokumin restèrent sauves. Il y eut, par contre, de nombreux agents de police blessés et quelques commissariats livrés aux flammes. Aujourd'hui tout paraît être rentré dans l'ordre, mais le mikado doit penser qu'il est bien difficile de contenter à la fois tout le monde et son peuple.
LE CHAH DE PERSE A PETERHOF
Le chah de Perse, Mouzaffer-ed-Din--cette personnalité si parisienne--était, ces jours derniers, l'hôte du tsar à Peterhof. Nicolas II, selon l'usage, était allé recevoir à la gare son auguste visiteur, et c'est à la gare même que notre photographe a réussi à prendre l'instantané des deux souverains. Si l'on songe que cette réception avait lieu juste à l'instant critique de la conférence de Portsmouth, on n'observera pas sans intérêt les traits de celui qui devait être, à ce moment-là, l'homme le plus préoccupé du monde.
On a dit que cette visite de Mouzaffer-ed-Din, pendant les angoisses des négociations de la paix, avait causé quelque embarras à la cour impériale. La chose est possible et même probable. Mais le malaise--s'il y en eut--dura peu. La paix, décidée à point, a permis au souverain asiatique de voir autour de lui tous les visages s'éclairer. Les dîners à la cour furent moins lugubres. Nicolas II, familier et charmant; accompagna son hôte dans toutes ses promenades.
LE CHAH DE PERSE EN RUSSIE.
--Le tsar et le chah passent en revue la garde d'honneur à la gare de Peterhof.
--Phot. C.-O. Bulla.]