Au contraire de tant d'amateurs, même royaux et impériaux, qui se contentent, selon le mot du photographe américain Hare, d'être des «pousse-boutons», Abd-el-Aziz voulut être initié à toutes les opérations délicates du laboratoire, développa, renforça ses clichés, tira des épreuves. Il fut un fanatique du gélatino-bromure. Tous les appareils lui devinrent familiers: vérascopes, kodacks, chambres à pied.
Il essaya du cinématographe, même, et, tandis que ses femmes et leurs esclaves, pour tromper l'ennui, durant les longues heures de farniente du harem, réfugiées dans l'une des cours les plus discrètes du palais, se grisaient d'interminables matches à bicyclette, en tricycle, voire en motocyclette, il les cinématographiait au passage. Les trois gravures représentant ces courses assez inattendues que nous publions ici, sont des agrandissements d'après des films ainsi pris par le sultan.
Il alla plus loin encore. Le jour où ou lui montra des photographies colorées le désir lui vint d'en faire aussi, et il apprit le procédé, très compliqué, aux trois couleurs.
Quand il en fut bien maître, sa grande joie fut de photographier, à d'innombrables exemplaires, ses épouses favorites. Il les faisait se revêtir de leurs plus beau atours, brodés, multicolores: se charger de joyaux, de perles et d'aigrettes, et, ainsi parées, les posait en avant de fonds semés de floraisons éclatantes, près de tables drapées de tapis violents et, pour corser encore le spectacle coloré, comme disent les peintres, et compliquer la difficulté, plaçait devant elles d'enfantins bibelots aux tons barbares, des cadres de bazar, des fleurs artificielles dans des vases de la foire, tous les ornements des plus banales cheminées de chez nous. On peut voir, par les quatre clichés que nous avons reproduits, à quelle habileté d'opérateur il était arrivé.
Est-il nécessaire d'observer qu'en dehors de leur mérite professionnel ces clichés constituent des documents peu communs sur la vie aux palais impériaux?
S'il est difficile, en effet, d'entr'apercevoir, seulement, l'intérieur d'une demeure musulmane quelconque, on imagine combien doit être inaccessible le harem du Chérif et quels obstacles peuvent se dresser devant les infidèles pour les empêcher d'approcher les belles recluses qu'on y enferme jalousement.
Il est à croire, d'ailleurs, que nous n'aurons pas, de longtemps, la fortune de pouvoir reproduire des clichés de ce genre. Au milieu des préoccupations qui le doivent assaillir en ce moment, il est probable qu'Abd-el-Aziz n'a plus guère le temps de songer à ses distractions anciennes, à la bicyclette, à l'automobile, à la photographie,--son triomphe!
Les temps sont loin, en effet, où, à la première audience, il apparaissait à M. Veyre sous la véranda de son palais de Marakech comme un «bon grand enfant curieux»: où il passait ses journées entières, de l'aurore à la nuit, presque, dans la «cour des Amusements». Et peut-être allons-nous commencer à nous apercevoir que nous avons vécu, trop confiants, sur la légende qu'on avait créée autour de lui d'un souverain demeuré puéril longtemps après l'âge d'homme. Abd-el-Aziz semble vouloir se charger de la démentir.
Le roi Victor-Emmanuel, précédé d'un surveillant des
fouilles, parcourt les ruines de la petite ville de Zammaro.
LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE
D'après une photographie de E. Navone, communiquée par notre correspondant, M. Ziegler.