La taupe et le mal de dents.

Personne n'a oublié la recette qui, dans une scène mémorable de la Cagnotte, est donnée par un des personnages de la pièce contre le mal de dents. «Vous prenez une taupe, dit-il, une jeune taupe de cinq à six mois.» Mais la suite de la recette manque, la conversation changeant de sujet. Pour la trouver, il faut chercher dans le folklore où elle a d'ailleurs été prise.

Le «dogme de la taupe» n'est point une invention de dramaturge: c'est une réminiscence, c'est le rappel d'une superstition qui a eu longtemps cours. Au pays de Baugé, M. C. Fraysse a recueilli l'histoire tout au long, et il l'a racontée dans la Revue des traditions populaires. Le procédé dont il s'agit, aussi cruel qu'imbécile, ce qui n'est pas peu dire, consistait à prendre une taupe mâle--il n'est rien dit de l'âge qu'elle devait avoir--et à lui inciser la peau. Puis on introduisait l'index entre cuir et chair jusqu'à ce que la malheureuse bête mourût, ce qui pouvait être assez long, soit dit en passant. La taupe morte, on retirait l'index et on le posait sur la dent malade qui aussitôt cessait d'être douloureuse.

En réalité, par ce procédé, on faisait prendre patience aux gens, en même temps qu'on les amenait à s'auto-suggestionner. Tout a une fin, même le mal de dents; et, en imposant au malade une occupation qui devait certainement durer quelques heures, on courait quelque chance de voir le mal cesser vers le moment où l'occupation prenait fin par la mort de l'animal. Pourtant la taupe pouvait être, et était, employée aussi d'une façon plus expéditive: façon plus cruelle encore, tout en restant aussi imbécile. On coupait les quatre pattes à une taupe vivante et on les mettait sur la tête de l'enfant atteint du mal de dents. En réalité, disait la tradition, une seule patte suffit. Mais on ne savait pas bien si l'une des quatre n'avait pas plus de vertu que les autres et, pour plus de sécurité, on employait les quatre.

La taupe servait encore à combattre les convulsions des enfants. On en attachait une vivante au cou du malade. Sans doute, il en éprouvait quelque frayeur qui le remettait d'aplomb; trouvant le remède pire que le mal, il se décidait à guérir: chose facile dans le cas de convulsions d'ordre hystérique.

Cette médecine populaire, à la fois niaise et cruelle, n'est pas encore morte dans les campagnes: elle existe toujours, elle a ses adeptes et ses fervents: des survivants attardés du moyen âge.

Un nouvel analgésique local.

Cette substance, à joindre à plusieurs autres qui ont aussi la propriété précieuse de supprimer la douleur, porte un nom de dimensions redoutables. C'est le chlorhydrate de benzoïl-tétraméthyle-éthyle-diéthyle carbinol. Tel est son nom rationnel et scientifique. Mais, pour les conversations courantes, on a voulu quelque chose de plus court et l'on s'est arrêté au mot: «alypène».

L'alypène est une substance pulvérulente, facilement soluble dans l'eau, pouvant être sans inconvénient bouillie, c'est-à-dire stérilisée; on peut l'adjoindre à l'adrénaline ou à l'antipyrine sans qu'aucun des corps n'entrave l'action de l'autre. L'alypène aurait sur la cocaïne un grand avantage. Elle est aussi fortement analgésique que cette dernière, mais beaucoup moins toxique: elle ne dilate pas la pupille et ne trouble en rien la vue.

Les solutions d'alypène à 1 ou 2% insensibilisent la cornée et la conjonctive, en une minute ou 75 secondes, au plus. Avec la solution à 4% on a une anesthésie plus rapide, qui dure 8 ou 10 minutes. L'alypène, qui paraît devoir rendre de grands services en ophtalmologie, sert aussi pour l'anesthésie locale du nez, du pharynx et du larynx.