LE COLONEL MARCHAND EN ESPAGNE
Le colonel Marchand visite en ce moment l'Espagne en touriste. Accompagné de quelques amis, il accomplit son tour en automobile, ne se contentant pas des haltes dans les sites classiques, dans les villes fameuses, et traversant souvent des bourgades perdues dont le charme pittoresque demeurera à jamais inconnu des pèlerins du «voyage circulaire à prix réduit».
L'autre jour, en allant voir les ruines antiques de Merrida--l'Emerita Augusta des Romains--il dut passer à Castuera, dans l'Estramadure. C'était la première fois qu'y paraissait une automobile. Et l'on imagine sans peine quel succès de curiosité obtinrent, auprès des populations massées en rangs pressés sur leur route, le colonel et ses compagnons, et surtout leur machine.
L'ex-colonel Marchand en Espagne.
Tout le village de Castuera (Estramadure) autour
de l'automobile du colonel (assis lui-même à gauche du conducteur).
NOTRE GRAVURE DE PREMIÈRE PAGE
DEUX DIPLOMATES EN TÊTE A TÊTE
Les négociations franco-allemandes engagées au sujet de la question marocaine auront singulièrement traîné en longueur. Toutes les difficultés semblaient aplanies, lorsque de nouvelles objections ont surgi du côté de Berlin; il a fallu entamer des pourparlers complémentaires afin de régler divers points restés douteux, de déterminer certaines précisions jusqu'aux plus menus détails.
Deux notables diplomates ont été chargés de cette tâche délicate: pour la France, M. Revoil, directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères; pour l'Allemagne, le docteur Rosen, récemment nommé représentant de cette puissance à Tanger. Celui-ci, qui doit aller remplacer le comte Tattenbach après l'accomplissement de sa mission spéciale à Paris, a fait, jeune encore, une brillante carrière à la chancellerie impériale. Quant à M. Revoil, il était d'autant mieux qualifié en la circonstance qu'avant de devenir gouverneur général de l'Algérie en 1901, il occupait le poste de ministre de France au Maroc.
Ces messieurs se sont abouchés le 8 septembre, au quai d'Orsay, et, depuis cette date, il ne s'est guère passé de jours sans qu'on lût dans les journaux une information concise constatant ou annonçant une entrevue de M. Revoil et du docteur Rosen. Voilà donc trois semaines que dure leur conversation. Que se sont-ils dit au juste? Mystère et secret professionnel! Mais il y a lieu de présumer qu'ils échangèrent des propos intéressants et que les subtilités de la «forme» leur fournirent une rare occasion d'exercer leur patience; car en style diplomatique, on le sait, les moindres mots, une virgule même, prennent parfois une importance capitale. On souhaite que leur commun effort aboutisse enfin à un résultat satisfaisant.