Une académie provinciale.

Dans notre avant-dernier numéro, à l'occasion du centenaire de la fondation de l'Académie de Mâcon, nous avons constaté la prospérité de cette compagnie et cité, entre autres chiffres à l'appui, le nombre de ses membres associés. Ceux-ci ne sont pas moins de 340; mais, le zéro étant tombé à l'impression, les 340 n'étaient plus que 34 dans nos colonnes. Plusieurs membres de l'Académie mâconnaise, abonnés à L'Illustration, nous ont écrit pour nous signaler cette erreur que nous nous empressons de réparer.

JOSÉ-MARIA DE HEREDIA

Le poète José-Maria de Heredia, qui a succombé lundi dernier à une douloureuse maladie, était né, en 1842, à la Fortuna, près de Santiago-de-Cuba, d'un père espagnol et d'une mère de souche française. Venu de bonne heure en France, il fut élevé au collège Saint-Vincent, à Senlis, puis suivit les cours de l'École des chartes et obtint, sa naturalisation.

Dès la vingtième année, sa vocation poétique commença de se révéler par une remarquable virtuosité en un genre où il devait atteindre à la maîtrise; mais, arrivé à la maturité de l'âge et du talent, une des originalités de ce poète, ainsi qu'on l'a dit justement, était d'être à la fois presque inédit et presque célèbre. Longtemps, en effet, ces sonnets ciselés avec une laborieuse lenteur, aux rythmes d'une sonorité retentissante comme les syllabes mêmes du nom de l'auteur, celui-ci s'était contenté de les déclamer de sa voix chaude dans l'intimité des cénacles littéraires, de les laisser répéter de bouche en bouche, et un petit nombre d'entre eux, très connus: les Conquérants, le Samouraï, le Récif de corail, le Vieil Orfèvre, restaient épars dans quelques journaux, revues ou anthologies, lorsqu'en 1893 il se décida enfin à les réunir et à les publier sous le titre: les Trophées.

José-Maria de Heredia, mort le 3 octobre.
Phot. Pirou, rue Royale.

L'année suivante, il entrait à l'Académie français; se piquant, elle aussi, d'originalité, la docte compagnie daignait ouvrir son sein à l'«homme d'un seul livre». Les fervents admirateurs de ce livre, à leurs yeux plus précieux que l'or et plus durable que l'airain, ne pouvaient qu'applaudir à ce rare et beau geste.

Brillante étoile de la pléiade parnassienne, disciple préféré de Leconte de Lisle--qui lui avait légué son habit d'académicien--José-Maria de Heredia s'était cependant assez dégagé de l'influence du maître pour affirmer sa personnalité.

«Le sentiment qu'il exprimait de préférence, a écrit Jules Lemaître, c'était je ne sais quelle joie héroïque de vivre par l'imagination à travers la nature et l'histoire magnifiée et glorifiée...