Mais alors que Sébastopol se trouva par hasard[2] abondamment pourvu d'artillerie et de munitions, alors que le commandement y disposait du génie de Todleben, Port-Arthur se trouvait aussi dépourvu que possible de tous les éléments de défense autres que l'incomparable solidité du soldat russe.

Il est vrai que, comme à Sébastopol, l'attaque pécha par bien des côtés: les Japonais entreprirent le siège avec un matériel insuffisant et ils durent se résigner à procéder à coups d'hommes, comme nous l'avions fait en 1855. Comme nous, ils finirent par réussir, et il faut avouer qu'ils l'avaient mieux mérité, car leur entreprise était, au fond, mieux préparée que la nôtre; mais, à Port-Arthur comme à Sébastopol, les fautes du défenseur contribuèrent peut-être plus encore au succès que les efforts de l'assaillant.

Une dernière comparaison s'impose entre la campagne de Crimée et celle de Mandchourie, c'est la comparaison des résultats acquis.

En 1855, le bénéficiaire de la campagne, ce ne fut point la France, qui n'eut pour elle que l'honneur et les coups; ce fut, sans contredit, l'Angleterre qui sut, sans bourse délier, se faire prêter une armée, et, grâce à l'entente cordiale, parvint sans effort à atteindre son but, la destruction d'une marine rivale et l'éclipsé prolongée de la puissance russe en Europe.

Sans doute les Japonais se sont montrés, en 1905, moins naïfs que nous ne l'avions été nous-mêmes cinquante ans auparavant: ils ont su se réserver leur part, mais le véritable triomphateur de la guerre russo-japonaise n'est-ce pas encore l'Angleterre qui, sans même brûler une amorce, a, pour la deuxième fois, obtenu l'anéantissement d'une marine rivale, arrêté pour longtemps les progrès menaçants de la puissance russe et entraîné par surcroît la France et le Japon dans l'orbite de l'entente cordiale? Tant il est vrai que, s'il est des nations auxquelles les leçons de l'histoire ne profitent jamais, il en est d'autres pour qui l'histoire est un perpétuel recommencement. L. S.

[Note 2: L'approvisionnement de Sébastopol, exclusivement destiné à la marine, tut tout entier employé aux besoins d'un siège qu'on n'avait pas prévu.]

LÉGENDE DÉTAILLÉE DES GRAVURES du siège de Sébastopol (pages 234-235).

La colline de Malakoff, après l'attaque (vue puise des pentes du Mamelon Vert).-On aperçoit en haut quelques débris de la fameuse tour ainsi que les ruines du parapet russe; puis, descendant la pente, les zigzags de nos tranchées et enfin, au premier plan, la batterie n° 34 comprenant six obusiers de siège de 22 centimètres. Cette batterie, construite du 24 juillet au 7 août 1855 par le capitaine Sémonin, de la 1re batterie du 8e d'artillerie, ouvrit le feu sur Malakoff le 17 août et ne l'interrompit qu'après la prise de la ville.

Le quartier de l'infanterie (vue des grandes casernes, prise de Malakoff).--On aperçoit dans le fond l'escadre anglo-française. Une partie des casernes est intacte, mais celles du centre et tous les bâtiments en arrière, qui se trouvaient sur la ligne de tir des batteries de l'attaque Malakoff, sont en ruines.

Entrée de la rade (vue prise de Malakoff).--Au fond, la presqu'île portant le fort du Sord et se terminant, à gauche, par le fort Constantin. Au-dessous du fort Constantin, le fort Nicolas, qui forme avec ce dernier l'entrée de la rade et avec le fort Paul l'entrée du port Sud; au centre, les docks compris entre les casernes et le faubourg de Karbelnaïa.